S’il y a d’un côté la vie, celle de chacun, il y a en face quelques paraboles qui en captent des bribes et les renvoient, après filtrage et concentration.
Ces paraboles sont les médias traditionnels, ils nous servent des condensés extrêmement réduits et réducteurs et, tous les médias traditionnels n’ayant ni la même surface ni le même pouvoir de pénétration, nous accédons à des visions du monde assez stéréotypées : pour la majorité ce seront probablement les JT.
L’influence dépendra essentiellement du pouvoir de pénétration et si ce pouvoir de pénétration est grand on pourra obtenir des effets sensibles : il résultera de ces effets mesurables un "pouvoir", celui d’influencer les pensées de chacun.
Il ne s’agit donc pas d’un pouvoir disposant directement d’outils exécutifs (alors que les véritables pouvoirs peuvent être vus comme ceux qui peuvent influencer de façon quasi physique le cours des choses) mais d’un pouvoir capable d’influencer ceux qui sont en charge des exécutifs.
Un levier, donc, susceptible de déclencher une action.
Qu’en est-il du Net dans tout cela ?
On peut le voir comme une multitude de paraboles à faible filtrage et faible pouvoir de concentration, toutes les paraboles n’ayant pas des caractéristiques identiques ni déterminées avec précision.
Autant les caractéristiques de la parabole d’une grande chaîne de télé sont très définies, avec un domaine de variabilité connu (audience) autant sur le Net les contours sont indéfinissables.
Cela se traduit de façon simple : il y a des réseaux, multiples, presque aussi nombreux que la foule des internautes car chacun a ses habitudes, ses affinités, ce qui se traduit par ses signets dans un navigateur.
Des cercles, des coteries plus ou moins ouverts ou hermétiques, qui répondent au diffus : on ne peut définir aucun contour fixe et fiable, tout existe, toutes les idées, toutes les oppositions...
La loi du plus fort, du plus lu, du plus visible régnera sans jamais que quiconque atteigne le pouvoir de pénétration d’une chaîne de télé, probablement.
En conséquence de mon point de vue si l’on peut dire qu’un média à forte capacité de pénétration ET de concentration dispose d’un "pouvoir" on peut difficilement affirmer que le Net "est un pouvoir" ou qu’il pourra l’être, cela aussi longtemps qu’il demeurera d’accès libre, bien que sa capacité de pénétration soit forte : il lui manque la concentration, le filtrage "autoritaire" décidé par une instance qui met en relief ou passe sous silence.
Tout au plus sera-t-il un "brouillard de pouvoirs potentiels" plus ou moins efficaces au gré des résultats fournis par les moteurs de recherche, puisque c’est par leur biais que l’on accède à de nouvelles informations situées hors de notre collection de signets.
Affirmer que le Net serait UN pouvoir (le 5ème) me semble donc une outrance : le Net reflète tout et ne concentre que ce que chacun veut concentrer, il sera donc éventuellement une multitude de micro-pouvoirs potentiels qui émergeront plus ou moins tour à tour au gré de vents que l’on ne maîtrise pas vraiment.