"Ensuite il me semble que la situation dans les médias change la donne, c’est très étrange aujourd’hui de voir des gens se battre pour leur liberté d’expression sans jamais dire un mot sur la nécessité du pluralisme..."
=> Il est bien évident que tout le monde se bat pour sa propre liberté d’expression, mais disparaît quand il s’agit de défendre celle de son adversaire. Quoi qu’il en soit, malgré les motivations tacticiennes évidentes de certains, je crois qu’il faut rester intransigeant sur ce principe, d’autant plus quand ces gens-là ne sont pas de notre "bord".
"Enfin, la République, bien qu’elle défende la rationalité, la liberté, l’argumentation, elle s’est aussi obtenue par la violence. En ce qui me concerne je me pose encore la question des limites de la légitimité des moyens de lutte, je ne rejette pas le marxisme comme le font beaucoup d’autres et je n’oublie pas que nous écraser sous des pressions économiques et aussi un moyen de nous empêcher de raisonner."
=> C’est évidemment une question très compliquée. Je crois cependant qu’il faut toujours rester guidé par la boussole de la légitimité politique : en gros, on peut tester certains moyens de lutte, mais si l’on s’aperçoit qu’ils n’emportent pas une adhésion plutôt étendue, il faut les cantonner à la voie légale. Je pense que Mélenchon ne me démentirait pas là-dessus. A l’évidence, une révolution commence toujours avec des gens qui ne savent pas si leur combat est largement partagé, mais d’un simple point de vue pragmatique, les fondements de nouvelles institutions seront très fragiles si elle ne se bâtissent pas sur un consensus relativement large. La force de la République a été sans doute de trouver une légitimité a posteriori en démontrant son bien-fondé, malgré son installation dans le scepticisme, pour ne pas dire plus. A mon sens, dans le contexte occidental moderne, le seul obstacle pour une révolte qui réclame davantage de pouvoir (au sens large) pour le peuple est l’indifférence. C’est pourquoi il faut appuyer ce combat sans relâche, mais en évitant la violence qui me semble contre-productive. Un nouveau régime peut effectivement se fonder sur elle, mais elle s’engagera alors dans une voie d’incertitude extrême où elle aura à démontrer son bien-fondé a posteriori et à éviter la guerre civile. C’est ce à quoi est parvenu brillamment la République, mais je me demande si l’on peut ériger cette voie comme modèle. Les révolutions tunisienne et égyptienne nous démontrent, je crois, qu’une révolution peut aboutir sans l’usage de violence (ou du moins en le limitant). La violence qui se développe en Libye paraît quant à elle plus tenir d’un combat entre la bulle du pouvoir et le peuple, qu’à une véritable guerre civile.
Sur la question de la souveraineté, ton incompréhension sur les propos de Chevènement et l’article du militant MRC touche au point de clivage majeur entre les deux partis. C’est que le MRC a comme priorité la souveraineté nationale, c’est-à-dire l’indépendance du pays, et que le PG a comme priorité la souveraineté populaire, c’est-à-dire le transfert du pouvoir au peuple. Et c’est précisément cela qui me laissera éternellement indécis entre ces 2 partis, car il faut, à mon sens, combattre évidemment pour les deux ! La souveraineté nationale est indispensable mais n’a pas de légitimité si elle n’est pas fondée sur la souveraineté populaire, et la souveraineté populaire ne vaut rien si elle est niée par l’ingérence de puissances extérieures (cf la volonté récente de l’UE de s’ingérer dans le vote des budgets nationaux). Le fédéralisme européen de Mélenchon était profondément incohérent de ce point de vue, car la souveraineté populaire ne peut qu’être cantonnée au cadre de la nation qui est censée fonder une culture et des intérêts communs. Le fédéralisme européen aura un sens le jour où se sera constituée une nation européenne : pour ma part, je n’en vois pas la moindre esquisse, même en essayant de regarder sur le long terme.
C’est ce qui fait qu’on aboutit souvent à des dialogues de sourds entre les 2 partis. A mon avis, on ne peut malheureusement espérer aucune collaboration sur le long terme à cause de cette ligne de clivage fondamentale (qui n’a pourtant aucun sens comme je l’ai dit). Il faudrait un nouveau parti pour la dépasser, mais je ne vois personne capable de l’incarner aujourd’hui...
Merci pour les liens, je vais regarder ça avec attention !