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Commentaire de Erca

sur La république laïque : le PG lance des ateliers législatifs


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Erca 19 mars 2011 19:15

Tout d’abord, rassure-toi : je ne suis pas non plus un spécialiste de philosophie politique, même si la discipline m’intéresse. En revanche, je suis un lecteur assidu du Contrat social, qui m’a passionné il y a quelques années de ça dès la première lecture, et qui est un peu devenu mon livre de chevet. Je projette de lire prochainement les autres oeuvres politiques de Rousseau, mais je trouve que cela prend déjà beaucoup de temps pour comprendre toute la logique du Contrat social, qui est un livre extrêmement dense.


Pour mettre les choses à plat, je te dirai que ma conception de l’identité (nationale, puisque c’est le sujet) est la suivante. Pour moi, il s’agit simplement d’un dénominateur commun aux éléments d’un groupe donné. C’est le fait de contribuer, de près ou de loin (et consciemment ou non), à une culture collective via l’appropriation (nécessairement partielle à l’échelle individuelle, mais effective) d’un patrimoine et de valeurs légués par un processus historique ; et a fortiori, via l’enrichissement de ce patrimoine et de ces valeurs ; ainsi que la participation politique à un projet commun. L’identité nationale est donc un projet nécessairement mouvant, qui se réactualise en permanence, sous l’action de ceux qui le véhiculent. Là-dessus, nous sommes d’accord.


Ce qui nous différencie, c’est que tu penses que des peuples nationaux peuvent finir, via le débat et la raison, par partage la même identité. Je crois cette entreprise tellement difficile qu’elle est proche de l’impossible. Quand bien même un peuple réactualise en permanence son identité, il suit un processus historique relativement indépendant et clos. Deux peuples changent mais en suivant une logique propre, en empruntant des routes respectives. Pourquoi, en effet, ne pas proposer notre concept de laïcité aux peuples voisins et en discuter ? Mais je doute que le travail de la raison soit suffisant, tant ce concept est lié à un processus historique singulier.


L’idée qu’une Constitution se fixe nécessairement sur l’identité d’un peuple préalable traverse tout le Contrat social. Me viennent à l’esprit le chapitre « Du peuple » (II, VIII) et le dernier sur la religion civile, qui démontre que Rousseau était définitivement un philosophe à part chez les Lumières puisqu’il y fait part d’un grand différencialisme historique, à l’heure où les Lumières exaltaient un certain universalisme. Par ailleurs, Rousseau était déjà suffisamment critique envers l’avènement des Etats-nations, qui rendent très difficiles techniquement l’exercice de la souveraineté populaire, pour supporter un quelconque rassemblement des peuples européens.


Les liens potentiels entre les peuples européens que tu cites tiennent soit du genre humain, soit du lien économique. C’est définitivement trop peu pour moi. Le génie d’un peuple dépasse de très loin ce genre de liens-là. Et un génie national est trop dense, complexe et subtil pour se véhiculer par la raison. Il n’y a que la guerre et la force pour l’imposer ailleurs, au-delà d’un certain socle universel auquel tous les peuples ont effectivement accès par le biais de l’épanouissement individuel, du progrès de la raison et des conditions matérielles.


Pour ce qui est de Chevènement, son idée de l’Europe des nations était, je crois, déjà celle développée par de Gaulle, c’est-à-dire (grossièrement) celle d’une Europe de nations libres et indépendantes, telle qu’elle s’est développée historiquement. Mais Chevènement a beaucoup assoupli sa vision aujourd’hui, puisqu’il refuse l’idée de quitter l’Union européenne ou même la zone euro.


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