"Il y’a toujours chez toi cette idée qu’ il faudrait un consensus sur la
forme de société qu’ on voudrait voir naitre avant d’établir la
démocratie."
Non, non, tu te trompes. Je dis au contraire que l’un va avec l’autre. Je reproche à certains de croire qu’il peut exister une démocratie purement institutionnelle. Je les soupçonne d’angélisme, et de ne pas voir que la démocratie ne va pas de soi, qu’elle n’a pas de cohérence sans une démocratie économique.
"Parce que les hommes par nature ne savent pas trouver des consensus"
S’il est impossible de trouver un accord sur un projet économique et social, parce que les hommes, par nature, ne savent pas trouver de consensus, alors nous ne parviendront pas non plus à trouver d’accord sur l’institution d’une démocratie de toute manière...
"pour la socialisation des moyens de production, toi et moi ne seront jamais d’accord"
Pourquoi ?
"La démocratie n’est pas une bonne chose en soi mais en tout cas c’est le moins mauvais ;As-tu une autre alternative ?"
C’est pas parce que ce n’est pas une bonne chose en soi que c’est une mauvaise chose tout court. Non, je n’ai pas d’alternative, et d’ailleurs je trouve cela pas plus mal. Cependant démocratie tout court ne veut pas dire grand chose, il faudrait savoir de quoi on parle. Quand je parle de démocratie, je parle des moyens que nous nous donnons pour juger de l’intérêt général, la démocratie est, pour moi, une conséquence de la République.
"Le dépassement du clivage gauche droite.Au moins momentanément jusqu’à la prise du pouvoir.A quoi sert il de s’étriper aujourd’hui alors qu’ on ne décide de rien ?"
C’est qu’il n’y a pas de dépassement possible, c’est un leurre. Si quelqu’un est d’accord avec
moi seulement sur une démocratie institutionnelle, ça veut dire qu’il n’est pas
d’accord avec moi sur la répartition des richesses. Pourquoi alors accepterais-je de donner mon soutien à un projet qui, pour moi, n’est pas réellement démocratique ?
Et puis je n’étripe personne, mais celui qui veut un peuple souverain, mais qui refuse de considérer l’argent comme un bien commun, et non comme une propriété privée, il va falloir qu’il m’explique comment un peuple peut gouverner sans garantir l’indépendance de ses individus.
"Quant au peuple comme un grand tout, défendant sa souveraineté, ou est le problème ?"
Il y a, au sein d’une société, des intérêts particuliers contradictoires. A quoi bon le nier ? Pour éviter d’y penser ? Pour pouvoir blâmer ensuite ceux qui ne suivent pas le groupe ?
A vrai dire, j’ai déjà l’impression que tu m’accuses quelque part de faire le jeu des puissants, ou de prendre le monde en otage, en refusant de quitter ma position partisane. Alors que moi je ne demande que des explications à savoir pourquoi nous ne répartirions pas également les richesses, pour quelle raison certains pourraient avoir plus que d’autres ? Et je n’ai pas de réponse.