@iakin :
1) Sur l’assemblée constituante tirée au sort : tu fais, je crois, un procès d’intention à cette idée à partir du résultat que tu t’imagines, en poussant d’un revers de main le raisonnement qui a amené Chouard à cette solution. L’idée est la suivante : en amenant des hommes et des femmes de parti à la Constituante, on amène le loup dans la bergerie, c’est-à-dire des gens qui seront juges et parties car ils seront amenés à élaborer le texte selon leurs propres intérêts (défense des partis et du système électif non contrôlé pour maintenir leur hégémonie sur le processus politique). C’est pourquoi il faut les remplacer par des gens de la société civile, désintéressés. Tu nous poses comme contre-argument celui de l’idéologie, mais d’une part, n’y a-t-il pas meilleure garantie pour promouvoir une assemblée représentant au mieux les opinions se situant dans la société, et donc une assemblée pleinement légitime ? Et surtout, d’autre part, ces gens désintéressés ne seront-ils pas poussés à défendre leurs propres intérêts en tant que simples citoyens, donc la défense contre les abus de pouvoir, pour en venir à un certain consensus sur ce point ? Car on a beau être idéologue de droite, idéologue de gauche, libéral, anarchiste, socialiste, souverainiste, cette idée de défense contre les abus de pouvoir est au-dessus des idéologies, et les tirés au sort y seront théoriquement amenés au gré des délibérations qu’implique le processus constituant. Je te concède qu’il y a une idéologie, une seule qui peut amener à être opposé à cette solution, c’est d’être royaliste et partisan de la Restauration. Mais il n’y a évidemment aucune chance pour que ces gens-là soient représentés de façon importante à la Constituante avec le tirage au sort.
Il y a ensuite l’influence des médias de l’oligarchie, qui serait effectivement dangereuse, tu as raison de l’évoquer. Celle-ci pourrait limiter l’ampleur de la révolution constituante via le tirage au sort. Mais il ne semble pas y avoir de meilleur moyen, sur le plan légaliste, pour commencer à limiter leur influence. Le processus constituant devrait malgré tout les amener à conserver une certaine indépendance. Et désolé mais je ne suis pas persuadé que s’il y avait un référendum demain sur la règle d’or, le peuple voterait pour. Mais quoi qu’il en soit, si la Constituante vote la règle d’or mais organise les contre-pouvoirs citoyens pour remettre en cause la Constitution et notamment ce point, où est le problème ? Tout l’intérêt d’une Constitution réside dans sa forme institutionnelle et les contre-pouvoirs qu’elle organise, bien moins que sur certaines décisions qu’elle adopte.
Evidemment que si une assemblée tirée au sort en venait à élaborer une Constitution indigne comme celles qu’on se tape depuis des siècles, on serait les premiers à admettre que ce n’était finalement pas la bonne solution, et que nous lutterions contre cette Constitution. Mais jusqu’à preuve du contraire, rien ne le laisse penser. Au contraire, ce qui tend à être démontré par l’expérience, c’est que des hommes de partis élus produisent la plupart du temps des Constitutions rudimentaires, voire abjectes en termes de contre-pouvoirs citoyens.
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2) Sur la question de la stratégie : Tu dis :
"Croire
que les socialistes et les nationalistes ont des objectifs communs
qu’ils pourraient accomplir ensemble, c’est ne pas avoir compris
leur programme."
=> Mais qui dit ça ? Qui croit ça ? Il ne s’agit pas de réunir des gens d’accord sur tout, il s’agit d’être pragmatique et de réaliser que si nous ne faisons pas l’union sur le point majeur qui nous réunit et qui, encore une fois, est au-dessus des idéologies, nous continuerons à être divisés et donc à n’avoir aucune chance d’accéder au pouvoir.
Après, si le FN ou le FdG refusent cette alliance, libre à eux. C’est bien probable car ils sont menés par des gens convaincus du bien-fondé du système institutionnel actuel, fondé sur des partis idéologiques et sectaires, et on ne leur en voudra pas car ils ont été formatés dans ce cadre-là. Ils ne feront que démontrer qu’ils sont les idiots utiles du système.
Le modèle de cette alliance serait un parti comme l’UPR, qui réunit des gens de sensibilité très diverses (il est même dirigé par un ancien cadre de l’UMP gaulliste, tout en ayant une base militante majoritairement de gauche), et qui a pour objectif de disparaître une fois qu’il aura réalisé son programme. Cela lui permet d’échapper à
la critique lumineuse et implacable de Simone Weil.
Mais je ne comprends pas, en quoi discrédite-t-on le FdG ?