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Commentaire de Erca

sur Interview de Rachid Laamarti (UOIF) sur l'incendie de Charlie Hebdo


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Erca 4 novembre 2011 22:36

@edzez :


La liberté d’expression ne peut être limitée sur le principe d’offense, car à ce moment-là, tout peut être interdit, car tout le monde peut décider d’être blessé par n’importe quoi, ce qui conduit tout droit à une société de censure permanente. Si je peux faire interdire un article ou un dessin à partir du moment où je le trouve choquant, te rends-tu compte que je peux tout faire interdire, à commencer par les moyens d’expression de ta religion ?

Par ailleurs, dans ton système, qui décide si une critique est suffisamment argumentée ? Ça veut dire qu’on envoie au tribunal tous ceux dont on trouve qu’ils n’ont pas assez développé leurs arguments ? Est-ce que tu te rends compte qu’avec une règle comme ça, je peux envoyer la moitié du contingent d’un bistrot si j’écoute les conversations et que je décide de les dénoncer ?

Enfin, interdire le blasphème, c’est ne pas comprendre qu’il peut parfois servir à un message complètement inverse à l’attaque d’une religion. Je fais allusion par exemple à la pièce de Castellucci, dont certains catholiques ont jugé qu’il s’agissait d’un hommage à leur religion (voir cette critique très argumentée de Myriam Picard). Interdire une forme d’expression, ce n’est pas seulement retirer la liberté de son auteur : c’est retirer toute liberté d’interprétation au récepteur. Car tout discours, même ceux qui sont en apparence les plus simples et les plus étroits, est ambigu et peut être interprété de manière différente selon les personnes. Tout discours peut échapper aux intentions premières de son auteur. Quand on veut condamner une forme d’expression, c’est finalement moins cette forme qu’on veut interdire, que l’état d’esprit qu’on attribue à l’auteur. Eh bien je refuse qu’on envoie quiconque au tribunal pour examiner le tréfonds de son âme et tenter de retrouver ses motivations les plus intimes au moment de produire tel discours ou telle caricature.

La liberté d’expression, pour ne pas être qu’un vain mot, ne doit être limitée que sur le principe de préjudice, celui-ci devant être concret et démontrable.

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