@ Valérie Igounet (s’il lui
arrive de lire les commentaires d’Agoravox TV)
Dès
sa sortie en 2000 j’ai lu votre Histoire du négationnisme en France. C’est un livre précieux, dont je recommande la
lecture à mes amis, et que je tire de temps en temps de ma bibliothèque pour me
remettre à l’esprit des évènements et des noms que j’ai plus ou moins oubliés.
C’est
en mars 2000 que j’ai achevé et daté un petit essai, toujours inédit, que j’ai
titré Désacraliser la violence religieuse, objectif qui me préoccupait depuis des décennies.
Je
suis né en 1938, et j’ai découvert le génocide des juifs vers ma quinzième
année. Avant cela j’étais bien conscient qu’on sortait d’une terrible guerre, mais
il me semble que le sort qui y avait été fait aux juifs n’était pas le contenu
principal des informations sur le sujet.
Dans
mon petit essai j’avais inclu une Lettre ouverte à Roger Garaudy, que j’avais en vain, dans un premier temps, proposée
en tribune libre au Monde, puis qu’avait publiée le journal philosophique dirigé
par Oscar Brénifier, Le vilain petit canard.
C’était
une époque où Le Monde publiait de piètres libres opinions sur Garaudy pourvu
qu’elles tapent sans mesure sur le bonhomme. Ainsi avait été publié un papier
de Robert Rédeker qui reprochait au Monde de qualifier Garaudy de "philosophe"
simplement parce qu’il était agrégé de philosophie et publiait des livres qu’il
prétendait philosophiques. "On devrait alors", disait ironiquement Rédeker
en substance "considérer le négationnisme comme une philosophie et
l’enseigner comme telle à l’école de nos enfants".
J’avais
écrit, via Le Monde, une lettre à Rédeker pour me moquer de lui, en lui faisant
remarquer qu’il se comportait comme les staliniens qui avaient effacé, des
photos historiques de la révolution d’octobre, le visage de Trotsky quand
celui-ci était devenu un "traître" dans la propagande des nouveaux maîtres.
Ma
moquerie pour Rédeker me rendit d’autant plus à l’aise pour le défendre, plus
tard, quand ce fut lui qui subit les attaques odieuses - comme par exemple
celle de Pascal Boniface dans Témoignage Chrétien à l’automne 2006 - après ses justes
critiques de l’islam dans son fameux article du Figaro.
Depuis,
des journalistes du Monde ont rejoint les judéophobes "de gauche" qui
justifient leur antisémitisme par leur "antisionisme", et qui ne
reconnaissent comme véritable antisémitisme que celui qui s’exprime encore au Front
National. C’était prévisible.
Vous
n’avez pas rejoint ces intellectuels égarés, mais est-ce suffisant ? Ne
pensez-vous pas qu’on n’en serait pas là - à cette judéophobie de gauche en France
comme aux égarements anti-israéliens et pro-islamistes au Moyen Orient - si on
avait accepté de voir l’inacceptable complaisance multimillénaire pour la conception criminogène du Dieu de l’Ancien
Testament au service de son "peuple élu".
Si,
par exemple, on avait reconnu que, dans Les Mythes fondateurs de la
politique israélienne, Garaudy
relevait un véritable problème dans
le premier chapitre titré par lui "Les Mythes théologiques".
On
ne gagne jamais durablement à négliser ou à nier un grave réel problème pour servir une plus
importante noble cause, comme par exemple la dénonciation de l’ignoble négation
du génicide des juifs par Hitler.
"L’autre
négationnisme" ici relevé devra bien être reconnu et combattu lui aussi très
fermement. J’ai longtemps cru et espéré que des penseurs aussi honnêtes et
scrupuleux que Daniel Sibony ou Pierre-André Taguief allaient le faire. Ils ne
l’ont pas fait.
Puissiez-vous
être l’historienne qui, courageusement, le fera.