@tous : La démocratie athénienne reste, de l’avis de tous à ma connaissance, le référent en matière démocratique. Elle était caractérisée par 2 éléments fondamentaux : le pouvoir confié aux citoyens rassemblés en corps (l’assemblée qui se réunit sur l’agora) ; et la distribution des magistratures par tirage au sort. S’il est délicat, dans un contexte économique, social, géographique, etc. complètement différent de celui de l’Athènes antique, de caractériser un régime de démocratique, on peut au moins dire quels régimes ne peuvent être caractérisés de démocratiques en aucune manière : ce sont qui ne rassemblent ni l’une, ni l’autre de ces 2 caractéristiques fondamentales.
Ainsi, selon moi, la Constitution de 1793, malgré l’existence d’une Assemblée nationale élue, aurait pu être caractérisée de démocratique étant donné que chaque loi aurait dû être validée par les assemblées primaires (auxquelles tous avaient accès). Ainsi, selon moi, si du jour au lendemain, nous arrêtions d’élire nos représentants pour les tirer au sort, tout en conservant les mêmes institutions (c’est-à-dire sans donner de pouvoir au peuple rassemblé au corps), nous pourrions également parler de régime démocratique sur un mode contemporain.
Il faut toujours avoir à l’esprit que le gouvernement représentatif a été conçu pour être en symbiose avec la division du travail (c’est central dans la théorie de Sieyès) : il serait donc vain, voire dangereux de chambouler complètement notre système politique pour le rendre démocratique, sans chambouler également notre système économique et social. Capitalisme et gouvernement représentatif forment un bloc. Je crois donc que nous ne pourrons progresser vers l’idéal démocratique que par paliers. Il s’agirait tout d’abord de nous doter du minimum de contre-pouvoirs de type démocratique au sein du gouvernement représentatif (le référendum d’initiative populaire par exemple, en plus de ceux que machiavel1983 développe). Seulement, étant donné que l’oligarchie a verrouillé toutes les élections à double tour, nous ne pourrons sûrement franchir le premier palier qu’à travers un processus radical, c’est-à-dire l’assemblée constituante tirée au sort (voire une fédération d’assemblées populaires locales, mais trop utopique sans doute).
Une fois que nous aurons franchi ce premier palier, et que nous aurons réhabitué le peuple au minimum vital pour lutter contre les abus de pouvoirs, nous pourrons discuter collectivement et à grande échelle de l’éventualité d’aller plus loin, vers un régime proprement démocratique. Etant entendu, je pense, que même tirée au sort, une assemblée constituante ne prendrait pas la responsabilité de nous lancer du jour au lendemain dans un régime proprement démocratique ; quand bien même elle le ferait, le peuple aurait du mal à l’accepter une fois le référendum venu. Mais c’est à discuter.
Cet horizon démocratique dont nous pourrions alors discuter nous amènerait à tenter de penser un système où tous les citoyens seraient libres, comme les citoyens athéniens prétendaient l’être, mais sans les esclaves. La perspective socialiste, les progrès technologiques (cf. la notion d’équivalent-esclave de Jean-Marc Jancovici), seraient des outils pour penser cet horizon. Il y en a sans doute d’autres.
Nous n’en sommes pas là. Il nous faut tout d’abord mettre un terme à la fuite en avant autoritaire de l’oligarchie dans laquelle nous sommes engagés. Si possible, avant que nous ne soyons mis dos au mur par la grave crise économique qui guette, comme cela a malheureusement toujours été le cas au cours de l’histoire.