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Commentaire de Walid Haïdar sur Emmanuel Todd prophète de malheur ? - Agoravox TV

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Commentaire de Walid Haïdar

sur Emmanuel Todd prophète de malheur ?


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Walid Haïdar 19 février 2012 13:36

T’es trop touchant Machiavel. Tu parles comme si la propriété privée était une donnée éternelle, qui a toujours existé et qui existera toujours (sauf lors de dérives regrettables).


Mais c’est faux vois-tu, complètement faux.

Dans les systèmes communistes préhistoriques par exemple, la propriété n’existait pas du tout sous sa forme moderne. En fait, la terre "appartenait" à celui qui la cultivait, mais souvent, il n’avait pas le droit de la vendre par exemple.

En gros, y avait (selon les époques et les peuples concernés) un système de distribution des terres, et des groupes familiaux cultivaient leur parcelle. Bien entendu, il était interdit de contrevenir à cette répartition en s’accaparant les terres des autres, mais si tu cultivais pas ta terre, tu la perdais, tu pouvais pas la vendre. Le plus souvent, les produits de la récolte étaient consommés de façon à fournir à toute la communauté de quoi manger : cette "mutualisation" à l’ancienne évitait les drames et compensait les accidents de la nature.

Pour en revenir au jardin, ce serait complètement crétin que chacun ait son propre jardin prouctif, car ce n’est pas une échelle efficace pour produire les denrées. L’échelle efficace serait plutôt, pour les potagers et vergers, de l’ordre de quelques dizaines d’habitants, mais pour les cultures de céréales et l’élevage du bétail, serait peut-être un peu plus, et pour l’industrie, il faudrait une échelle clairement plus importante. Le désir du petit jardin privé est un désir assez pitoyable quand on pense qu’on pourrait plutôt avoir d’immenses forêts et campagnes où se ballader librement. Mais non, le petit bourgeois veut sont petit lopin privé entre 4 murs avec sa chaise longue et son soda : vous n’avez pas conscience que 99% des êtres humains qui ont peuplé cette terre vous prendraient pour des dingues de désirer un truc pareil, la cage à poules et des 3 mètres carrés de pelouse à entretenir : c’est de la merde.

Tu parles (et Todd avec toi) du capitalisme comme du dernier système économique de l’Histoire : vous rêvez les enfants. Le dernier système économique c’est celui où l’abondance fait de l’économie une formalité technique, qui permet à l’homme de faire autre chose de sa vie que de gérer des comptes numériques et d’encaisser derrière un comptoir.

C’est le système qui permet à l’homme de travailler quelques heures par semaines pour subvenir à ses besoins et produire de nouvelles machines plus performantes, et d’avoir ainsi 90% de son temps éveillé disponible pour l’amour, les arts, les sciences et la métaphysique.

L’économie n’est à ce point centrale aujourd’hui dans la vie des hommes que parce qu’elle est la composante fondamentale sur laquelle s’est construite la domination de la classe bourgeoise. Avant elle, c’était la religion qui était plutôt au centre, parce qu’elle fondait la légitimité des deux classes dominantes qui étaient l’aristocratie cléricale et l’aristocratie à particule.

Bien entendu, et même si je reconnais en l’approche de Todd énormément de pertinence, je n’attend pas d’un intellectuel bourgeois qu’il m’éclaire sur le dépassement du capitalisme (il n’est même pas capable de remettre en question la pertinence d’un pouvoir entre les mains du PS).

De la même façon, si je salue les grandes avancées dans les conceptions réformistes des politiques du front de gauche, je n’attend pas d’eux qu’ils nous permettent de dépasser le système actuel définitivement. Mais je pense que tout cela va largement dans le bon sens, surtout comparé au reste. C’est la masse du peuple qui achèvera la transition, s’il le faut en renversant ses anciens alliés dirigeants politiques (à moins que ces derniers ne cèdent la place à l’amiable, mais je ne compte pas là-dessus : il s’agira d’un combat de plus, comme d’hab).

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