Mais mon cher Machiavel, je ne suis pas dogmatique, j’ai des convictions, c’est pas pareil.
La masse des gens ne veut pas s’enrichir et avoir son pavillon : la masse des gens ignares, de moins en moins nombreuse, croit en la magie, et au fait de s’enrihir pour posséder son propre pavillon. Vois-tu, ici c’est toi le scientiste, parce que tu crois que l’homme va pouvoir produire assez pavillons tout confort pour chacun, mais ça c’est impossible, donc ça ne se fera pas, sauf au détriment d’une majorité.
Je ne suis pas dogmatique, et je n’impose rien à personne, concrètement. Mais c’est une évidence qu’on va pas pouvoir construire 7 milliards de pavillons avec petit jardin individuel. Peut-être que tu ne t’en rends pas compte parce que tu ne vois pas tous les jours les bidon-villes qui sont les corrolaires de tes pavillons tout superflu compris.
Par contre je crois que l’homme est capable d’inventer des outils ingénieux oui, pour réduire sa peine et d’inventer des modes d’organisation astucieux pour réduire les conflits d’intérêts.
Je n’ai jamais prétendu une seule seconde que l’homme n’avait pas un caractère individualiste : TOUTE ENTITÉ a un caractère individualiste, et je pense même que fondamentalement, elle n’a que cela. Les hommes sont un cas particulier, doté par l’évolution de renforcement de son adaptation d’animal social, par des instincts d’empathie ancrés génétiquement, mais cela ne remet pas en cause, et bien heureusement, l’individualité.
Sauf que moi je suis convaincu, et ne t’en déplaise, que l’individualité ce n’est bien beau que quand elle n’est pas soumise à un ordre extérieur qui lui impose de travailler le plus clair de son temps pour faire fonctionner la machinerie sociale hypertrophiée par le superflu et l’appétit des plus gros. Parce que tout ce consumérisme n’est qu’une organisation pour gâcher l’abondance bien réelle, permise par le progrès technique. Donc selon moi c’est toi qui nies l’individualité en posant comme nécessaire un système capitaliste qui impose 8 heures de travail par jour à chaque individu, au nom de la subsistance de l’humanité.
La subsistance n’a besoin que de quelques heures de boulot par semaine si on s’organise bien, alors qu’on nous en impose pas plus. Vous voulez faire des clubs de gars qui se tuent à la tâche pour vous payer des voitures de luxe ? Pas de problème, mais je vois pas pourquoi on impose les nécessités d’un tel modèle, par construction, à toute la société.
Si on s’organise de sorte à subvenir aux besoin essentiels (nourriture, grand air, habits, liberté de la majorité de son temps éveillé), on réalise réellement, et non pas par illusion, les conditions d’affirmation de chaque individu.
Ta liberté de gars qui bosse 8 heures par jours (pendant que les esclaves qui produisent ton superflu bossent eux, 12 heures par jour, y compris enfants), n’est qu’un mirage, la seule liberté de te conformer à l’ordre établi.
La liberté individuelle, c’est le temps libre des nécessités imposées par la subsistance de l’ordre marchand. L’abondance en est la condition nécessaire, et je ne vois pas très bien, à part éventuellement à la marge, l’intérêt de la propriété individuelle dans un contexte d’abondance. Tu confonds la liberté individuelle et sa projection bourgeoise qu’est la propriété privée.
Mais je te rassure, l’abolition de la propriété privée du jour au lendemain dans le contexte actuel n’a aucun espèce de sens. Il s’agit d’un long processus, certes ponctué de sauts plus ou moins intenses.
Le désir de "la masse amorphe" des paysans de la révolution Française n’était pas du tout d’abolir les privilèges, à la base. Pourtant, c’est ce qui a fini par se faire, alors que les gars demandaient juste de meilleures conditions concrètes : ils ne remettaient pas en cause l’ancien régime en tous cas pas ses privilèges fondamentalement. Bientôt, il va falloir remettre en cause sérieusement le privilège des détenteurs de capitaux, c’est même en cours, et le changement fondamental collatéral, ce sera la remise en cause de la société marchande, de la marchandisation de la société, parce qu’on se rendra compte que ces choses sont liées. Puis soucieux d’organiser l’abondance pour répondre aux besoins essentiels de tous et éviter les guerres, on se demandera à quoi bon finalement, s’attacher à la possession, puisqu’il y en aura pour tout le monde ! Alors on se détachera de ces considérations triviales et chacun sera vraiment libre de mener sa vie comme il l’entend. Il pourra même essayer de manipuler les autres pour les exploiter, et comme ces autres auront 80% de leur temps pour tâcher d’être moins cons, au lieu de travailler comme des ânes, le manipulateur aura beaucoup de mal, et devra construire son yacht tout seul, ou aller se brosser.