En réalité, le pire du pire, chez Mélenchon, c’est qu’il regarde le
monde actuel avec une paire de lunettes dont un verre a été poli dans le
seconde moitié du XVIIIe siècle, et l’autre dans la seconde moitié du
XIXe.
Mais, dans l’intervalle, on a passé du télégraphe Chappe au web, de la
marine à voile à la propulsion atomique et de la diligence au jumbo jet.
On a découvert aussi que l’homme n’a pas vocation à devenir un être
fraternel pour tous les autres et la croyance au progrès s’est soldée
par un fiasco.
Mélenchon apparaît donc comme une sorte de nostalgique halluciné, vivant
dans un univers fantasmé qui n’est pas sans rappeler les chromos
paradisiaques que les Témoins de Jéhovah oraient - et ornent peut-être
encore - la quatrième de couverture de "Réveillez-vous" et de "La Tour
de Garde".
Moins jobards que lui, ses fans et ses groupies s’abandonnent
épisodiquement à des euphories sans suite. Le 20 mars, à un exalté qui
publiait une ode "aux 120’001" de l’avant-veille, place de la Bastille, je répondais :
"La mobilisation ne résiste pas à
l’usure du temps et les superficiels représentent 85 à 90 % des engagés
initiaux. Vous serez peut-être, du fait de la dynamique propre à la
présidentielle, vingt ou trente mille mobilisables après le 22 avril,
mais douze mille mobilisables à tout casser après le 6 mai et à la
mi-juin, le soufflé sera retombé au fond du moule."
Comme je ne plaisantais, et comme j’étais absolument sûr de mon coup, je conclus en lui disant :
"Nous pouvons prendre date, si vous vous en ressentez. Ce sera très volontiers."
Je n’ai plus jamais entendu parler de lui...
P.S. - S’il passe par là, je me rappelle au bon souvenir d’Alain Bousquet.