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Commentaire de Éric Guéguen sur Alain Soral / Marion Sigaut : "Comprendre les Lumières" - Agoravox TV

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Commentaire de Éric Guéguen

sur Alain Soral / Marion Sigaut : "Comprendre les Lumières"


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Éric Guéguen Éric Guéguen 11 mars 2013 17:27

Je vais être contraint de focaliser ma réponse sur deux points de désaccord majeur, sinon on va partir dans tous les sens et les deux ou trois personnes qui prendront éventuellement le temps de nous lire pour infirmer ou approuver tel ou tel propos seront un peu submergées.
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Tout d’abord, contre votre « arme de destruction massive », celle consistant à bousiller toges et chlamydes en invoquant l’histoire et l’indéniable supériorité, dans les faits, de la force animale sur l’intelligence, dont l’histoire est le témoin, je vous répondrais par un contre-exemple : dans la République et dans les Politiques, Platon puis Aristote posent les bases de ce qui deviendra au fil des siècles l’éducation publique, c’est-à-dire la prise en charge, par l’État (cité, royaume, puis nation), de l’éducation de l’individu (à finalité citoyenne à leur époque, consumériste à la nôtre, hélas). En amont, de leurs écrits, vous ne trouverez nulle trace écrite d’un tel projet, et encore moins d’une application concrète de celui-ci. L’éducation a toujours existé, mais elle a été de l’ordre du domaine privé (précepteurs), durant la démocratie athénienne notamment. L’institution scolaire étatique en est résultée. Par la suite, il aura fallu que la scolastique se saisisse de leurs textes pour que se développent Bologne et les Alma Mater, ces universités médiévales. Bref, voici un cas typique d’une idée de génie dans un cerveau isolé qui a lentement fait son œuvre à travers les siècles. Nombreux, je pense, seraient les exemples que nous pourrions ainsi débusquer d’une lente percolation d’une idée somptueuse – idée certes ayant germée au contact d’une réalité et en analysant celle-ci – dans les mœurs auxquelles consentent des masses passives, spectatrices, insensibles. Le malheur, c’est que le mur du temps nous sépare de ce génie et rend certaines choses évidentes à nos sens et à notre entendement lorsqu’elles se sont énormément répandues, alors même que nous les devons à des intelligences singulières. Dites-moi Machiavel, n’est-ce rien de nos jours l’éducation publique ?
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Ensuite, au sujet de la marchandise, je ne suis pas d’accord avec vous, comme vous pouviez vous en douter. Vous avez tendance à hypostasier la « marchandise » (j’ai parfois le même problème vis-à-vis du « nombre », qui est au moins "matière" humaine), or elle n’est que le reflet tangible des désirs les plus primaires de l’humanité, désirs mis en avant contre toute raison ordonnatrice, toutes traditions, toute transcendance, parce qu’elle a l’heur de fédérer et tendre concrètement vers l’universalisme, vieille lune chrétienne recyclée aussi bien par l’islam que les droits de l’homme. Ne pouvant tenir l’ensemble de l’humanité par le cerveau, on la tient par le ventre, rendu insatiable. Donc non, la marchandise n’est pas près de s’éteindre en s’auto-consumant. En revanche, elle a déjà fait perdre à l’être humain une bonne partie de son humanité, se remboursant par là ce qu’elle lui a fourni en termes de confort.
La réflexion que je me muris de mon côté, c’est celle – que je pense humblement inédite – qui relie capitalisme et démocratie moderne, soit celle qui n’entend que l’appel du « nombre », dont je parlais plus haut, des masses attirées comme des guêpes par du miel. Car là me semble être véritablement le problème : à partir du moment où l’on n’accorde plus de crédit qu’à ce qui « fait nombre » en politique, on fait de la politique elle-même un article de commerce. Voilà ce que je reproche par-dessus tout au gouvernement représentatif. La marchandisation du monde, tant déplorée, doit énormément à la démocratie, au nivellement, au congé donné aux valeurs et plus généralement à tout ce qui distingue. Et la démocratie doit aussi au capitalisme, ils se sont mutuellement prêtés main forte. C’est un drame difficilement audible : nos aspirations modernes, réputées pures, sont à l’origine de nos plus grands désarrois.
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À vous lire,
EG


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