J’avais balancé un article sur agoravox.fr après l’avoir entendu sur il y 3 semaines sur France Culture. L’article ne portait pas directement sur son bouquin mais sur son intervention. L’article n’a jamais passé la modération... Je vous le livre brut de fonderie pour les plus courageux (allez c’est pas si long que ça
).
Jeudi 7
mars Gerald Bronner, professeur de sociologie, était invité sur France
Culture pour évoquer la parution de son dernier ouvrage "la démocratie
des crédules". Globalement l’entretien s’est très bien passé pour
l’invité tant les animateurs, Marc Voinchet et Brice Couturier, lui ont
servi la soupe et ciré les mocassins comme si tout ce qu’il énonçait ne
pouvait être que vérité scientifique. De mon côté j’en retient un
mélange assez curieux de quasi-évidences et de raisonnements plus ou
moins logiques dont l’objectif vise à construire une démonstration dont
la conclusion était préétablie. Quelques morceaux choisis ...
Cela part assez fort sur internet :
"Internet favorise la croyance plus que la connaissance" (1è
partie/5’30). Démonstration avec l’astrologie (1è partie/7’30) : "Pour
l’astrologie on trouve plus de 90% de sites qui sont favorables à la
croyance." La conclusion est sans appel. De mon côté je trouve l’analyse
un peu courte. Allons sur amazon.fr et tapons "Astrologie". Sur la
première page j’ai 16 titres, tous favorables à l’astrologie. La
conclusion est là aussi sans appel : l’édition et la littératures sont
favorables aux croyances et c’est même pire qu’internet puisqu’on
atteint ici 100%.
Par petits sauts de puce la discussion dérive tranquillement vers les
"théories du complot" autour du 11 septembre. Effectivement on peut
mettre en parallèle ceux qui pensent que le 11/09 n’a pas existé au même
niveau que les grands défenseurs de l’astrologie. Dans les deux cas ils
sont assez peu nombreux. Nos comparses admettent que le sujet est assez
complexe car de nombreux éléments sont mis en avant tout en simplifiant
la cohorte observée : on a mis dans le même panier les sceptiques (type
Reopen911), les négationnistes, les conspirationnistes au sens strict
(CIA, Mossad etc...). Mais monsieur Bronner est un scientifique et il
décrit son protocole expérimental (1/10’30) : "Une de mes étudiantes
s’est donnée pour tâche de dénombrer le nombre d’arguments. Pour le 11
septembre on en dénombre une centaine. Certains relèvent de la
sismologie, d’autres de la physique des matériaux, etc ... Autant
d’arguments qui en fait sont faux quand on les vérifie un à un." Suivons
bien. Un expert du 11/9 a une centaine d’arguments mettant en doute
l’explication officielle. Mais ils sont tous faux. Croyez-moi vous qui
êtes crédules ! Ne croyez pas ceux qui vous disent le contraire. C’est
un peu fort de café pour quelqu’un qui ne cessera de rappeler pendant
toute l’interview qu’il est un scientifique. Bien sur l’objet de cette
interview n’est pas de décortiquer lesdits arguments mais le raccourci
est très très court. Une petite discussion sur la tour n°7 au petit
déjeuner ? Non merci.
Un peu plus loin (1/11’40) : "Dans l’ensemble, tout ne peux pas être
faux. Ça c’est un slogan contemporain. Tout n’est peut-être pas vrai
mais tout ne peut pas être faux." ... et ... ? Lorsqu’un individu vous
dit "tout ne peut pas être faux" cela signifie-t-il peut-être que tout
ce qu’il dit est faux ? Que peut-on en déduire ? Bah normalement rien.
Mais le professeur, savant, lui en déduit quelque chose. Faites-lui
confiance. Ne vous faites pas berner. Ne soyez pas crédules.
Une fois lancée, plus rien n’arrête la machine (1/13’30) : "Si on veut
comprendre le bras de fer entre la démocratie des crédules et la
démocratie de la connaissance, je pense que la partie n’est pas perdue
mais la partie est bien engagée en faveur de la démocratie des
crédules." Qui décide qui est crédule et qui est connaissant ? Il
faudrait préciser quel est le champ d’application que l’on souhaite
couvrir par la connaissance. Gérald Bronner ne s’étend pas sur le sujet
mais "prouve" ses dires en expliquant que par exemple (1/13’45) lesdits
"mythes du 11 septembre" s’étendent dans la population "ordinaire" et
"prennent de l’ampleur". Reprenons son raisonnement d’une logique
implacable :
1) Toutes les théories du complot sont fausses ; 2) Le nombre de
personnes qui y croient augmente ; Donc 3) La crédulité des gens
augmente. C’est imparable. Voila une étude sociologique rondement menée.
Le seul problème est que la prémisse majeure du syllogisme précédent
n’est pas démontrée (est-elle démontrable ?). Dès lors la conclusion est
sans valeur. D’ailleurs, j’ai une autre interprétation des faits. Le
nombre de sceptiques augmente effectivement car, dans le flot
d’objections soulevées sur la théorie officielle, il y en un certain
nombre considérées comme crédibles par un nombre croissant de gens.
Cette interprétation plus simple, plus logique mais implique que la
proposition "toutes les théories du complot sont fausses" est fausse, ce
qui peut paraitre inacceptable à certains, dont notre professeur et ses
acolytes médiatiques.
Continuons d’écouter notre universitaire : "(1/17’00) La sagesse des
foules existe, mais la déraison des foules existe aussi. C’est un sujet
qui est très incarcéré idéologiquement. Il y a ceux qui pensent que les
foules sont toujours idiotes et il y a ceux qui pensent qu’elles sont
toujours intelligentes. Moi j’essaie de montrer que cela dépend des
cas". L’enfonçage de porte ouverte est bien là mais le dessein est
louable. Au fait, de quelle foule parle-t-on ? Les internautes dans leur
diversité sont-ils une foule ? On pourrait penser que notre professeur
la trouvera idiote quand ça l’arrange et intelligente aussi quand ça
l’arrange s’il était intellectuellement malhonnête. Loin de nous cette
pensée.
La deuxième partie est du même acabit quoique moins dense. Monsieur
Bronner va cependant nous faire un révélation fracassante. Tenez-vous
bien, si on vous raconte habilement une histoire pour la rendre crédible
vous risquez de la croire. Il le dit différemment bien sur, il est
professeur (2/19’50) : "on va creuser pour vous un sillon narratif qui
va rendre la conclusion plus crédible qu’elle n’aurait pu l’être". Je
viens de découvrir quelque chose sur moi-même. Si on me raconte
habilement une histoire crédible je vais la croire. Incroyable n’est-il
pas ? Ils sont forts ces professeurs de sociologie.
Brice Couturier surenchérit :"Vous dites à un moment dans votre livre :
il est possible à des scientifiques d’expliquer de quelque chose
n’existe pas mais il est impossible de démontrer que quelque chose
existe". Là, j’avoue, j’ai décroché. Qu’un chroniqueur de France Culture
puisse trouver dans cette citation imbécile une once de génie
révélateur me dépasse. C’est presque du Jean-Claude Van Damme. D’autant
plus qu’il semble que la phrase réelle dans le bouquin énonce l’inverse
de ce qu’énonce Brice Couturier (cf 1/8’15). Bref passons...
De toutes façons rassurez-vous bonne gens, Gerald Bronner est bon
prince. Il ne lie pas crédulité et bêtise (2/22’00). D’après lui, des
études montrent que le niveau d’étude n’est pas corrélé au rationalisme
des individus. Mais bon, le niveau d’étude et l’intelligence sont-ils
corrélés ? D’ailleurs qu’est-ce que l’intelligence, n’est-ce-pas ?
Si le cœur vous en dit vous pourrez écouter les podcasts en lien ci-dessous.
Il est probable que le livre du professeur Bronner contienne
certainement des études plus approfondies et mieux présentées que cette
discussion où l’on mélange tout : le 11 septembre, le ku klux klan,
l’astrologie, la vaccination contre la rougeole, la rotondité de la
terre... Je ne doute pas de l’expertise du professeur Bronner dans sa
discipline. Je ne prétends pas maîtriser la sociologie comme lui la
maîtrise, loin s’en faut. Je ne lui reproche pas de publier et exprimer
ses conclusions et opinions avec lesquelles je suis parfois en
désaccord. Mais, fondamentalement ce qui me gêne beaucoup dans son
discours ce sont les multiples rappels du caractère scientifique de ses
études. Entre autres (2/14’15) : "cette méthode existe, elle s’appelle
la méthode scientifique" ou encore (2/24’15) "je pratique ce que tout
homme de science doit pratiquer, c’est à dire la parcimonie
conceptuelle." Pas très convaincant de la part de quelqu’un qui manipule
par exemple des mots sans en maîtriser la définition tel qu’exabit
(1/2’45). Donc monsieur Bronner, continuez à professer, à publier, à
vous exprimer dans les médias, mais, s’il vous plaît, cessez de vous
proclamer scientifique.