Y aurait pas mal à dire sur le sujet, mais bien sûr que d’une manière générale je vous rejoins, tant socialisme et libéralisme reposent sur les mêmes socles d’une philosophie politique libérale, c’est-à-dire aspirant à une émancipation des liens et affects communautaires pour accéder à la liberté individuelle (et par-là collective). Bien qu’on traite Marx de holiste, l’émancipation de l’individu comme monade sociale est omniprésent dans ses écrits. Je dirai simplement qu’au XVIIIème et XXème (voire XVIIème si on remonte jusqu’à John Locke précurseur), c’était compréhensible et il est d’ailleurs toujours intéressant de relire Locke, Smith, Marx et d’autres, pour autant qu’on contextualise leurs pensées. Ce qui m’irrite, c’est ceux qui ne peuvent pas en voir les résultants actuels, c’est-à-dire la sainte alliance libérale-libertaire comme le dirait Clouscard, libérale culturelle et libérale économique pour Michéa. D’où la nécessité d’une révision philosophique dont semble impossible le bon gauchiste, et là est sa véritable faute. Ou comme l’explique simplement Lasch, l’émancipation des liens communautaires, en crachant sans cesse sur la famille, la tradition, la culture populaire, rend simplement l’individu plus soumis au marché, à la création d’une identité par la consommation, détruit donc toute forme de particularisme. L’identité se fait par la création d’une fausse culture populaire, c’est-à-dire d’une culture de masse, où les objets proposés sont fabriqués par des industriels, donc des riches. Divertissement, cinéma spectacle, vacances de 5 jours totalement organisées... On s’aperçoit que le Marché a gagné la sphère du loisir par le remplacement d’une culture populaire par une culture de masse (Kulturindustrie de Horckeimer), processus légitimé par la diabolisation des liens communautaires comme empêchant de faire marcher la raison par les mouvements progressistes (dont la gauche hérite). J’illustre ça par l’exemple édifiant et génial d’Herbert Gans, qui affirme que la ménagère libérée des contraintes familiale, va enfin pouvoir exprimer sa propre volonté, sa propre identité en décorant sa maison comme elle le souhaite !
Il résulte aussi que les formes les plus connues de socialisme et de libéralisme économique s’appuient sur une méthode qu’on prétend scientifique, qui amène à tous les excès d’un homme amélioré, déshumanisé je dirai.
On peut quand même noter que des gens comme Pierre-Joseph Proudhon dans un style plus polémique, avaient déjà prévu les ravages d’un individualisme trop poussé, mettant en premier plan la famille comme monade sociale et vecteur de redistribution (donc de progression vers plus d’égalité et de liberté).
Je dirai de manière générale qu’il faut absolument repenser le rôle des cultures populaires, des traditions dans les révolutions historiques et dans la contestation de l’ordre supérieur en général. Par ailleurs, une démocratie participative ou active ne me semble possible que par une relocalisation du pouvoir politique, mais sans oublier une relocalisation de l’économie et surtout de la culture, comme il se passe actuellement dans toute l’Amérique du sud pour répondre à la perte d’identité causée par le libéralisme anglo-saxon.