Le fait de poser l’être humain comme un individu pourvu de droits qu’on ne peut absolument pas lui enlever présuppose l’individualisme et une place privilégiée du droit dans la pensée politique. Or, ces deux présupposés n’ont rien de particulièrement universel. Pour les Anciens, la question du droit ne venait qu’après avoir répondu à la question de savoir la nature véritable des choses et de l’Homme. Poser comme un absolu les droits que tout individu a aurait été saugrenu, car ç’aurait été placer la charrue avant les boeufs : on n’a rien dit de la question principale, à savoir ce que tout homme est. C’est le libéralisme qui a donné une place centrale au droit dans la pensée politique (le droit et le marché formant l’axe neutre autour duquel allait désormais se structurer la vie politique, évitant ainsi les guerres de religion), et qui a considéré l’homme comme une monade isolée (tout individu ne participant plus à la vie sociale qu’en poursuivant son intérêt bien compris). Nous comprenons donc que les droits de l’Homme sortent tout droit du libéralisme et des Lumières.
Il ne faudrait tout de même pas en conclure que la bienveillance, la compassion, le respect de la dignité humaine, la réciprocité, qui faisaient certainement partie des choses que les rédacteurs des droits de l’Homme ont voulu instituer, ne sont pas universels. Au contraire, toutes les cultures connaissent ces valeurs, et on n’a pas attendu les droits de l’Homme pour les découvrir. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la diversité des peuples et des cultures rendra toujours vain le désir de vouloir trouver une forme qui saura imposer absolument ces valeurs de manière universelle.