Nier l’américanisation de la France ... mets-toi à niveau :
Qu’est-ce que l’américanisation ? Un phénomène d’acculturation
idéologique conduit par les élites françaises — politiques, industriels
et intellectuels — dans le contexte de l’après Seconde guerre mondiale.
Exception faite de l’épisode gaulliste, ce processus d’acculturation n’a
jamais été remis en question par les gouvernements qui se sont succédé à
la tête de la France et a fait preuve d’une continuité remarquable. En
cela l’américanisation peut être entendue comme le stigmate inconscient
de la défaite idéologique de la République française, qui a cessé
d’exister en 1940 et qui avait déjà été largement entamée par le
traumatisme inouï de la Grande Guerre.
Le combat contre
l’américanisation n’entretient par conséquent qu’un rapport extrêmement
ténu avec l’anti-américanisme, l’américanisation étant avant tout le
symptôme de la faiblesse française, de son incapacité à reconstruire et à
véhiculer sa propre mythologie nationale après la Défaite, à
l’exception des intermèdes gaullistes (dans la terminologie lacanienne
on qualifierait de « forclusion » les phases de pouvoir du général de
Gaulle). Ce mimétisme américanisant est si implacable qu’il en est
devenu absolument prévisible : sachant qu’une initiative est prise aux
États-Unis maintenant, elle sera adaptée au contexte français dans un
laps de dix à quinze ans.
[...]
Sur le plan sociologique, l’américanisation s’assimile à un processus de
réticulation et de fragmentation de l’idéologie unitaire de l’intérêt
public en un conglomérat d’intérêts privés. Cette fragmentation a déjà
signé la mort de la République en tant que mythologie. La liste des
symptômes est longue et effarante car elle atteste l’ampleur de la
défaite républicaine.
[...]
Autre signe manifeste d’américanisation, le déclin de la langue
française au sein des collectivités territoriales, des administrations
d’Etat et de l’armée, vient nourrir cette déchéance post-nationale.
C’est désormais une forme abâtardie du français, le franglais, qui règne
dans le langage médiatico-publicitaire (qui ne prend plus la peine de
traduire les slogans anglo-saxons), voire au sein de l’Education
nationale, quand l’apprentissage de l’anglais est institué priorité
égale à celui du français. De ce point de vue, la hargne des Québécois à
défendre leur héritage francophone devrait être pour nous un modèle de
conduite.
De même que l’américanisation produit la Médiocratie,
forme neutralisée et « politiquement correct » de la Démocratie,
Médiocratie et globalisation relèvent d’une économie symbolique
similaire : la globalisation est le vecteur d’expansion médiocratique de
l’américanisation. La « médiocratie globalitaire », voilà
l’eschatologie promise par le sarkozysme.