Notes sur "la
question des immigrés"de Guy Debord f rédigées en décembre 1985 (qu’ on ne vienne
donc pas me parler de Ramadan).
Tout est faux dans la « question des
immigrés » (…).On ne
discute que de sottises. Faut-il garder ou éliminer les immigrés ? Faut-il donc les assimiler ou
« respecter les diversités culturelles » ? Inepte faux choix.
Nous ne pouvons plus
assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même
les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car
Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des
Français(…).La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des
spectateurs. On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche
expression de « diversités culturelles ». Quelles cultures ? Il
n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste.
Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité
et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute
culture.
Certains mettent en avant le critère de
« parler français ». Risible. Les Français actuels le
parlent-ils ? Ne va-t-on
pas clairement, même s’il n’y avait aucun immigré, vers la perte de tout
langage articulé et de tout raisonnement ? Quelles chansons écoute la
jeunesse présente ?
Nous nous sommes faits américains. Il est normal que nous trouvions ici tous les
misérables problèmes des USA, de la drogue à la Mafia, du fast-food à la prolifération
des ethnies
Nous avons ici les
ennuis de l’Amérique sans en avoir la force. Il n’est pas sûr que le
melting-pot américain fonctionne encore longtemps. Mais il est tout à fait sûr
qu’il ne peut pas un moment fonctionner ici. Parce que c’est aux USA qu’est le
centre de la fabrication du mode de vie actuel, le cœur du spectacle qui étend
ses pulsations jusqu’à Moscou ou à Pékin ;
Ici, nous ne sommes plus rien : des
colonisés qui n’ont pas su se révolter, les béni-oui-oui de l’aliénation
spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des
immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si
l’on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi
donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons-nous encore semblant de
croire ? C’est une fierté pour
leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s’indignent que des métèques
menacent leur indépendance !
Le risque d’apartheid ?
Il est bien réel. II est plus qu’un risque, il est une fatalité déjà là (avec
sa logique des ghettos, des affrontements raciaux, et un jour des bains de
sang). Une société qui se décompose entièrement est évidemment moins apte à
accueillir sans trop de heurts une grande quantité d’immigrés que pouvait
l’être une société cohérente et relativement heureuse.
Mais on comprend bien
pourquoi tous les responsables politiques (y compris les leaders du Front
national) s’emploient à minimiser la gravité du « problème immigré ».
Tout ce qu’ils veulent tous conserver leur interdit de regarder un seul
problème en face, et dans son véritable contexte. Les uns feignent de croire
que ce n’est qu’une affaire de « bonne volonté anti-raciste » à
imposer, et les autres qu’il s’agit de faire reconnaître les droits modérés
d’une « juste xénophobie ». Et
tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus
brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu’une société
ne surmontera pas. Le ghetto du nouvel apartheid spectaculaire (pas la
version locale, folklorique, d’Afrique du Sud), il est déjà là, dans la France
actuelle : l’immense majorité de la population y est enfermée et
abrutie ; et tout se serait passé de même s’il n’y avait pas eu un seul
immigré.
Les immigrés ont le plus
beau droit pour vivre en France. Ils sont les représentants de la
dépossession ; et la dépossession est chez elle en France, tant elle y est
majoritaire. Et presque universelle. Les
immigrés ont perdu leur culture et leurs pays, très notoirement, sans pouvoir
en trouver d’autres. Et les Français sont dans le même cas, et à peine plus
secrètement ».
Un texte d’une puissance
extraordinaire que je mettrai en lien 100 fois si nécessaire ! L’intégralité : http://luette.free.fr/spip/spip.php?article214