Attention, Nabe ne s’en prend pas à internet dans cette vidéo, mais il le compare à un puits dans le désert, qui serait empoisonné par le complotisme. C’est donc le complotisme qu’il dénonce, et non internet en lui-même. Ce serait d’ailleurs idiot de sa part de s’en prendre à internet, car c’est grâce à cet outil qu’il a pu lancer son entreprise d’anti-édition qu’il appelle lui-même "anti-édition" (car c’est un système voué à faire disparaître les circuits de l’édition classique en montrant qu’on peut se passer d’eux).
En ce qui concerne la patrie, Nabe n’en a rien à foutre. La seule chose qui lui importe, c’est l’art, c’est à dire l’émergence d’une forme sublimée de la réalité. C’est dans ce sens qu’il dit que son opposition au complotisme est un combat pour la vérité : voir des complots partout revient à déformer la réalité, en niant que des êtres humains puissent être suffisamment désespérés ou haineux pour commettre des actes d’une violence inouïe. En ramenant ceux-là à un leurre spectaculaire du pouvoir caché pour justifier par avance des mesures liberticides, on simplifie à l’extrême une situation dont l’attentat a révélé le caractère éminemment tragique et politique. Le complotisme est également la négation de toute intervention du hasard dans le cours des évènements. En substituant à l’aléatoire une opération occulte qui s’est parfaitement déroulée dans les moindres détails sans qu’aucun de ses acteurs n’ait fuité, on fait de ces agents de l’ombre une espèce de Dieu de substitution, tellement puissant que contre lequel on ne peut rien, si ce n’est l’accuser inutilement de complot sans avoir de preuves ni de noms (on remarquera que les complotistes sont incapables de révéler l’identité des "vrais" organisateurs du 11 septembre). C’est parce que le complotisme oriente la colère des gens dans cette voie stérile que Nabe l’assimile finalement au pouvoir : penser que les Etats-Unis ont organisé le 11 septembre, c’est leur attribuer un pouvoir démesuré, et c’est donc leur être soumis. Voilà pourquoi il affirme que le complotisme est du côté du pouvoir.
A mon avis, le déchaînement contre Dieudonné a été si énorme parce que pour la première fois, on a eu un phénomène de masse (la quenelle), qui n’était ni originaire des médias, ni récupérables par eux. L’hystérie anti-Dieudonné et anti-quenelle est le fait d’un système qui pour la première fois n’a aucun contrôle sur une mode. Mais ce n’est pas le fait d’un complot. C’est la bêtise, la lâcheté, la veulerie, la méchanceté, la mesquinerie, qui sont le liant de l’organisation politico-médiatique et qui ont mis en branle cette affaire. Les médias, les hommes politiques et Dieudonné formaet un trio répercutant chacun les déclarations des autres. Et bien sûr, il y en a qui en profitent pour montrer sous des beaux attraits leur soif de censure, comme le 11 septembre a été utilisé pour justifier une guerre et des lois liberticides.