Eric,
Rancière part du présupposé d’une égale intelligence entre les êtres.
Pour qu’une telle idée s’impose, il faut la démontrer rigoureusement, la
faire passer du statut d’opinion à celui de connaissance objective.
C’est là l’objectif de Rancière dans son ouvrage Le Maître ignorant, qui concerne l’émancipation intellectuelle. Ouvrage peu convaincant à mon goût, mais qui pose néanmoins de bonnes pistes : Rancière part de l’exemple de Roland Jacoteaux, un pédagogue du XVIIIème siècle ayant obtenu des résultats extraordinaires, paraît-il, en enseignant à ses élèves des matières dont il ignorait lui-même tout. Sa méthode consistait à faire apprendre tout seul à l’étudiant, ce qui lui ouvrait la possibilité d’étendre son savoir à toutes choses par la suite : il était émancipé. Rancière rejette alors toute attitude contraire à l’émancipation, à savoir la posture du maître savant qui délivre des connaissances à des élèves ignorants. Même l’attitude de Socrate est jugée "aliénante", car Socrate se met quand même dans la position de celui qui opère l’accouchement de l’âme, et n’aide pas son interlocuteur à accoucher tout seul. On voit donc bien là une opposition totale à tout principe hiérarchique, aristocratique, qui est l’un des vrais critères pour distinguer la gauche de la droite. Proudhon également postule que les intelligences et les talents sont absolument égaux entre tous les individus, les différences effectives observées indéniablement dans la réalité n’étant que les conséquences de l’injustice sociale.
Inutile de dire que de ce point de vue-là, je suis résolument de droite. Car même en supposant que les capacités soient égales (ce qui déjà est douteux car cela suppose une similitude organique totale entre toutes les personnes), il faut reconnaître que les aspirations à la grandeur ne sont pas égales chez tout le monde. Tous les génies ne naissent pas génie, mais il y a dans la constitution de leur être, dès la naissance, quelque chose qui les poussera toujours à aller plus loin, et à poursuivre les efforts là où le commun des mortels sera satisfait.