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Il me paraît indispensable de réfléchir
surtout à la pérennisation, parmi les violences religieuses, de celle qui est
considérée comme étant commise par les
hommes sur ordre de Dieu. Celle-ci est, hélas, ici et maintenant, toujours
bien concrète.
Dans son livre "La religion dans la
démocratrie" (4) Marcel Gauchet me paraît trop optimiste quand il écrit :
"Nul parmi nous ne peut plus se
concevoir, en tant que citoyen, commandé par l’au-delà. La Cité de l’homme est
l’oeuvre de l’homme, à tel point que c’est impiété, désormais, aux yeux du
croyant le plus zélé de nos contrées, que de mêler l’idée de Dieu à l’ordre qui
nous lie et aux désordres qui nous divisent". L’agnostique citoyen du
monde que je suis fera remarquer que la terre entière est désormais "notre contrée", que c’est là qu’il
faut étudier le "parcours de la
laïcité" (sous-titre du livre) et que certains de ceux qui, comme en
Algérie, en Afghanistan ou en Iran, "mêlent
l’idée de Dieu aux désordres qui nous divisent" tuent "parmi nous"
très fréquemment. Ceux-là se disent très souvent croyants de l’islam, mais ce
sont bien toutes les religions
abrahamiques qui continuent de cultiver la violence théorique, théologique ; les
autres, sur lesquelles ne porte pas cette réflexion n’étant pas pour autant
tenues pour dépourvues de toute violence. Le fanatique qui passe à l’acte
criminel a bon dos. On souligne qu’il n’a rien compris, ne veut pas comprendre
même lorsque, précisément, il a trop bien compris en prenant à la lettre ce
qu’on lui a demandé de prendre à la lettre. Qui peut soutenir qu’il est seul
responsable et qu’on ne triche pas quand on met un fossé entre ses actes,
horribles, et ceux que les religions - traditionnelles, officiellement
reconnues - lui ont enseignés comme parfaitement justifiés en d’autres temps ?
Dans le pire des cas les ordres de tuer
restent toujours valables et, par exemple, des dignitaires de l’islam appellent
publiquement - sans que personne, ni individus ni Etats appliquant leur devoir
d’ingérence n’exige leur traduction en justice - au meurtre de Salman Rushdie
ou de Taslima Nasreen (pour ne parler que de deux victimes désignées qui ont eu
le temps d’alerter le monde démocratique avant que le crime sur leur personne
ait été commis ; beaucoup d’autres, en Iran par exemple, n’ont pas eu ce
temps)...