http://www.icl-fi.org/francais/lebol/196/libye2.html "Les embarras de LO face aux sociaux-impérialistes du PCF et du NPA
Dans un tel contexte, les prises de position de Lutte ouvrière (LO) pourraient paraître presque rafraîchissantes. Evidemment ils n’ont ni organisé de manifestations contre les bombardements impérialistes, ni pris la défense de la Libye contre leur propre impérialisme. Mais ils ont mis par écrit et de façon répétée leur opposition aux bombardements impérialistes et n’ont pas versé dans l’apologie des rebelles libyens qui leur servent de troupes terrestres. Ils ont même fait remarquer que l’intervention impérialiste s’appuie toujours « sur les forces les plus réactionnaires, sur différents clans militaires et religieux, sur de petits potentats seigneurs de guerre. Il en sera de même en Libye » (déclaration du 31 mars parue dans Lutte de Classe, avril).
Leurs divers articles sur la Libye n’en laissent pas moins transparaître en filigrane leur sympathie pour les rebelles alliés de Sarkozy. Ils ne font en effet nulle part la distinction entre les soulèvements en Tunisie et en Egypte qu’ils ont soutenus et la guerre civile réactionnaire en Libye. Au passage, LO, qui prétend sans cesse s’intéresser au sort des ouvriers, se montre incapable de distinguer entre des soulèvements populaires où la classe ouvrière a joué un rôle actif, même s’il restait subordonné au nationalisme bourgeois, et la Libye où la classe ouvrière, qui était largement composée d’immigrés venant des pays voisins et du reste de l’Afrique, de Turquie, du Bangladesh ou de Chine, a été dévastée par les effets de la guerre civile et se retrouve aujourd’hui complètement atomisée et bien souvent acculée à la fuite face aux bombardements impérialistes et aux pogroms dont elle est victime de tous côtés (notamment du côté de l’opposition).
LO a déclaré dans Lutte de Classe à propos des puissances impérialistes :
« Après s’être proclamées en faveur d’une transition démocratique dans tout le monde arabe, après avoir affirmé comprendre et partager les aspirations des peuples arabes à la liberté et à la démocratie, le fait de laisser les armées de Kadhafi écraser les rebelles de Benghazi aurait sonné comme l’aveu que tout cela n’était que des discours. Au contraire, voler à leur secours permettait de donner un peu de crédit aux discours démocratiques des dirigeants impérialistes, et en même temps de faire un peu oublier qu’au même moment ils couvraient la répression au Bahreïn ou au Yémen, pour ne pas parler d’Israël et de son obstination à nier les droits des Palestiniens. »
En quoi bombarder l’armée d’un peuple néocolonial peut-il « donner un peu de crédit » aux criminels en chef impérialistes ? C’est la gauche qui a « donné du crédit » aux impérialistes en appelant à soutenir l’opposition libyenne, y compris par leur propre bourgeoisie. En refusant de critiquer publiquement les prises de position du PCF et du NPA sur la Libye, LO donnait dans les faits une couverture à ces laquais patentés de l’impérialisme français.
LO refuse avec constance de prendre le côté militaire des peuples néocoloniaux attaqués par l’impérialisme. En effet, on imagine mal Nathalie Arthaud, porte-parole de LO et membre de la majorité du conseil municipal de Vaulx-en-Velin en banlieue lyonnaise, y faire un discours devant ses partenaires PCF pour expliquer que toute défaite, tout revers militaire de l’impérialisme français favoriserait la lutte des classes ici ! Cette idée même est complètement étrangère à la conception du monde de LO, pour qui c’est seulement par la lutte économique elle-même (pour ses intérêts matériels immédiats) que la classe ouvrière peut petit à petit élargir ses perspectives politiques."