Une pauvre illustration de Wikipedia ???
Cette discussion est purement rhétorique, vous récitez le catéchisme historique des Sternhell et autres BHL obsédés par leur généalogie du fascisme et dont les thèses essentialistes ont été réfutées ou contredites par la majorité des historiens sérieux. Vous collez des étiquettes politiques sans répondre aux arguments dynamiques et chronologiques que j’ai développés.
Le fascisme n’existait même pas à l’époque de Boulanger, vous nagez en plein anachronisme. Quant à la notion de "préfascisme" ou de "proto-fascisme" elle n’a aucune valeur historique bien établie : ce n’est qu’un concept spéculatif (et politiquement orienté) défendu par des thésards bien en vue dans les médias pour accréditer la thèse de l’origine française du fascisme.
Le fascisme est en réalité une idéologie protéiforme reflétant le caractère arlequin d’un Mussolini qui puise indifféremment dans le socialisme et le capitalisme, dans le traditionalisme (hiérarchie) et le modernisme (exaltation de la machine et culte de la vitesse), dans la droite et la gauche, dans la bourgeoisie et le prolétariat... par conséquent les racines du fascisme sont multiples et il n’existe pas une essence "pure" du fascisme que l’on pourrait "isoler" tel un condensé chimique dans le magma de la vie politique française au tournant du XXème siècle, comme BHL, Taguieff et d’autres ont voulu le démontrer. De ce fait, traiter Boulanger de "pré-fasciste" alors même qu’il s’est refusé à renverser la République quand il en avait l’occasion, le prétexte et les moyens, est de mon point de vue un non-sens historique absolu, du moins quand on fait de l’histoire sérieuse et chronologique, et pas de l’histoire "thématicienne" qui prétend analyser le passé en projetant l’ombre du présent en arrière. Le recul historique n’est pas un gage de neutralité axiomatique.
Par exemple, lorsqu’un Eric Zemmour explique que la France a perdu "la guerre de la mondialisation" contre l’Angleterre, il porte un jugement de valeur qui n’est pas historique. Cette notion n’a que peu de pertinence à l’époque dans l’esprit des Français et elle ne peut en avoir étant donné que la guerre pour le contrôle des voies maritimes - base de l’empire britannique - a été remportée par l’Angleterre au détriment des Hollandais, au XVIIème siècle. Quand les Français perdent l’Amérique, autant du fait des Anglais que par désintérêt, la cause est déjà entendue. Que fera Napoléon à la rétrocession de la Louisianne (près d’un tiers de l’Amérique en surface) en 1800 ? Il la vend aussitôt aux USA pour se replonger dans les tourments de la politique continentale. Mais aujourd’hui, ça n’empêche nullement les Français, omettant leur propre renoncement ou leurs propres erreurs, de continuer à se lamenter d’avoir "perdu le monde à Waterloo", erreur d’analyse qui en dit long sur notre tendance narcissique. Nous ne sommes pas le centre du monde.
De la même manière nous n’avons pas inventé le fascisme, même en le rebaptisant "préfascisme" ou "proto-fascisme" pour dissimuler les faiblesses méthologiques de ce raisonnement. Ce que l’on peut affirmer en revanche, c’est que les dérives dites réactionnaires proviennent davantage d’une gauche et d’un socialisme qui tendent à se "racialiser" avec le temps que d’un conservatisme de droite se radicalisant, même si cette thèse est encore très populaire dans les médias puisqu’elle correspond à l’imaginaire politique hérité du XXème siècle (gauche=bien, droite=mal). Mais au XIXème siècle, la situation est très différente et beaucoup plus complexe. Le "sans-culottisme" décomplexé qui infuse le boulangisme, est une idéologie de gauche = puritanisme moral (condamnation des moeurs dissolues des riches et de l’aristocratie), égalitarisme de petits propriétaires, condamnation de l’oisiveté typique de l’idéologie révolutionnaire, etc...
L’utilisation rétrospective des étiquettes "raciste", "fasciste", "préfasciste", "proto-fasciste", et j’en passe, n’a aucune valeur et ne vise qu’à faire passer des gens qui étaient de gauche dans le camp d’une "extrême-droite" coupable et essentialisée qui était bien plus diverse et mouvante que l’histoire républicaine n’a voulu le faire croire afin d’exonérer la gauche de ses errances "antilibérales" durant le XIXème siècle.
C’est Jules Ferry qui postule le droit d’instruire les "races inférieures" quand Charles Maurras dénonce l’expansion coloniale et rejette avec virulence tout racialisme scientifique. Avec une certaine hauteur de vues que nul ne lui contestait à l’époque, il énonce que le racisme est "contraire à nos traditions" et prévoit que le racisme allemand détruira le nationalisme en tant que courant politique :
"Eh bien ! c’est le racisme qui a tort ; c’est nous, réactionnaires français, qui le déclarons."
Cela ne fait pas de Maurras un ange, ni ne l’exempte de certaines erreurs tragiques de jugement. Mais cela démontre que l’histoire des idées est beaucoup plus complexe que votre baratin sur "la gauche" et "la droite" (raciste/xénophobe/fasciste, etc.)
Puisque vous aimez wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Boulangisme
"En 1887 Boulanger a le soutien de la gauche et de l’extrême-gauche qui voient en lui un général républicain"
Je vous conseille toutefois de lire des ouvrages plus sérieux sur le sujet (on en trouve aussi bien d’auteurs de gauche que de droite).
Libre à présent à vous de vous obstiner.