Ceci dit je ne juge pas de Gaulle, comme je ne juge aucun personnage historique, et je trouve que ce qu’il a fait en tant que président de la République est assez admirable. De Gaulle est avant tout pour moi un politicien de génie, homme de pouvoir né et un diplomate hors paire et surtout un patriote sincère et authentique. Mais ce qu’à fait Pétain, dans une France saignée à blanc avec l’armée en déroute, des millions de gens(hommes, femmes, enfants, vieillards) hagards sur les routes de France et abandonnés à leur sort par des politiques aux abonnés absent. Aujourd’hui aucun homme politique n’aurait été capable de prendre les choses en main comme l’a fait le maréchal qui, on l’oublie trop souvent, avait 84 ans le 17 mai 1940.
Le colonel Rémy raconte :
par un soir d’hiver, le général de Gaulle m’avait invité à dîner en compagnie de Claude Guy, son aide de camp, dans le salon de l’appartement qu’il occupait à l’Hôtel La Pérouse pendant ses séjours parisiens. En sortant de table, il décida de faire un tour à pied jusqu’au Bois de Boulogne, et la conversation porta pendant notre promenade sur les affreuses journées de 1940.
Comme tous les garçons de ma génération, j’avais éprouvé avant la guerre à l’égard du maréchal Pétain un sentiment de vénération qui me fit ressentir, à l’égal d’une brûlure, la nouvelle de la signature de l’armistice conclu sous son autorité. Puis la propagande de guerre avait exercé sur moi ses effets, et j’en étais venu à haïr le vieillard qui était alors détenu à l’île d’Yeu. J’en parlais avec une sombre amertume quand, s’arrêtant dans sa marche, le général de Gaulle posa sa main sur mon bras pour m’inciter à l’attention. "Voyez-vous, Rémy, dit-il, il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain, aussi bien que la corde de Gaulle."
Il avait donné cette réflexion sur un ton serein, comme s’il s’agissait d’une affaire qui lui eût été étrangère. Stupéfait, déconcerté, je levai les yeux vers lui pour m’assurer qu’il ne plaisantait pas. Mais il enchaînait déjà : "Je ne comprendrai jamais pourquoi le Maréchal n’est pas parti pour Alger au mois de novembre 1942. Les Français d’Algérie l’eussent acclamé, les Américains l’auraient embrassé, les Anglais auraient suivi, et nous, mon pauvre Rémy, n’aurions pas pesé bien lourd dans la balance ! Le Maréchal serait rentré à Paris sur son cheval blanc."