Ce n’est pas ce que j’ai dit. C’est un simple plan non développé de ce que j’avais écrit ; derrière chaque phénomène culturel, il y a des aspects immédiats et des raisons plus profondes. Les premiers sont étalés partout et ne m’intéressent pas vraiment.
J’ai passé un certain temps à éplucher les médias américains ces derniers jours (officiels, libertariens) et je me suis rendu compte qu’une partie non négligeable des commentaires étaient des critiques acerbes visant le "sécularisme français" à travers Charlie Hebdo, sécularisme perçu comme un moule autoritaire imposé aux croyants et aux minorités. Et que sont les Américains au coeur de leur identité ? Une minorité de religieux fervents et violents. Pas plus que nous ne comprenons leur vision absolutiste de la liberté d’expression, les Américains ne comprennent notre vision de la société et de la civilité. Pour ma part, je suis toujours fasciné de voir des gens prêts à défendre des tarés fanatiques jusqu’à l’absurdité afin d’éprouver leur adhésion totale à la liberté d’expression, sans y voir justement une forme de religiosité, ou de foi sécularisée.
Pour le rapport (et non pas le lien, des points communs n’impliquent pas une relation...) entre protestantisme US et wahhabisme, j’ai cité quelques similitudes frappantes de mon point de vue, auxquelles j’aurais pu encore ajouter la tendance prohibitionniste/rigoriste et la judiciarisation de la vie contrastée paradoxalement par de nombreuses tolérances envers les écarts et les péchés, en particulier pour les riches. C’est la foi du croyant qui importe avant même les actes ; c’est elle aussi qui peut les justifier. Entendez-vous souvent les Américains condamner le fanatisme religieux des terroristes ? Jamais, ou très rarement. Quelque part, il y a une forme de compréhension à l’égard des crimes commis au nom de la religion. C’est très net quand on lit les commentaires. L’idée de la punition méritée pour Charlie Hebdo est sous-jacente derrière la condamnation formelle de l’attentat.
Chez les libertariens les plus dogmatiques, cela peut aller jusqu’à la défense ouverte des extrémistes au nom de la liberté d’expression et de la sympathie instinctive accordée aux minorités : là encore, il est difficile de ne pas y voir un reflet du politiquement correct américain qui n’a jamais pu surmonter tout à fait l’ethnocide indien et l’esclavage des afro-américains.
Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas évoquer ces motifs "profonds" alors que nous le faisons couramment en France au sujet de notre propre histoire. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir dans la manif de la semaine dernière une sorte de résurgence fleurie de la fête de la Fédération et de cette religiosité séculière que les Révolutionnaires voulaient insuffler à la nation. Les gens déposaient littéralement des offrandes au pied de la statue de Marianne, il y avait clairement une portée symbolique et une connotation religieuse laïque propre à la France.
En tout cas cela démontre que la théorie du conflit de civilisation version soralienne avec les "americano-sionistes" faisant bloc contre "les musulmans" est une caricature grossière.