Vu ce que les profs entendent, ce genre de mesure est voué à se multiplier à l’avenir. Marianne vient de publier le témoignage consternant du dramaturge Mohamed Kacimi. Voici venue l’heure des "accommodements raisonnables" et des renoncements discrets sur fond de montée des tensions.
http://www.marianne.net/agora-monsieur-ils-ont-bien-cherche-1421429745.html
Je m’installe au CDI où je suis reçu par la prof de français qui
ressemble à toutes les profs de français du public, car elle a des
cernes qui tombent jusqu’aux chevilles.
« Vous parlez de Charlie ?
– Oui, c’est ça.
– Vous l’avez vécu comment, vous, monsieur ?
– Je dois vous avouer que j’ai eu beaucoup de peine.
– Ah, s’esclaffent certains, pas nous.
– Pourquoi ?
– Ils l’ont bien cherché.
– Ils l’ont voulu.
– Ils ont eu ce qu’ils voulaient.
– On n’insulte pas les gens comme ça.
– Surtout notre Prophète. Personne ne l’a vu, personne ne lui a serré la main, comment peuvent-ils le dessiner ? »
J’essaye de calmer le jeu.
« Croyez-vous que l’assassinat soit la meilleure réponse ? Ne vaut-il pas mieux répondre à la critique par la critique ?
– Vous rigolez. Si on critique, ils risquent de recommencer.
– Comme ça, on n’en parle plus. »
Je calme un peu le brouhaha.
« Vous vous rendez compte que vous vivez dans un pays
démocratique et qui a une longue tradition anticléricale qu’il faut
connaître et respecter. »
Le propos, loin d’apaiser les élèves, jette de l’huile sur le feu.
« Oui, démocratique pour les uns, pas pour les autres.
– Tu fais une quenelle, tu te retrouves en garde à vue.
– Tu dis “Allah akbar”, tu te reçois une balle dans la tête.
– Et Dieudonné, lui n’a pas le droit de déconner, comme vous dites.
– Y a que les juifs qui ont droit à l’humour ?
– Oui, nous, comme on n’a pas le droit de rigoler, on tire dans le tas.
– On se marre comme on peut. »
Au fond de la salle, un grand Black lève la main.
« Monsieur, faut que je vous dise une chose, c’est la guerre. Ça
va être la guerre, nous les musulmans et les autres, les juifs et les
chrétiens, la guerre à mort.
– Tu es musulman ?
– Non, je suis chrétien.
– Pourquoi tu dis que tu es musulman ?
– Je dis ça parce que j’aime Anelka, il est musulman, tout le monde le
déteste, lui déteste tout le monde, et nous on l’aime… Je vais me
convertir juste pour Anelka, monsieur. Ce sera la guerre, monsieur,
comme avec Anelka. »