Je n’ai pas suivi cette affaire dans le détail (pas de jeu de mots) mais je vois mal le rapport avec le sketch d’Elie et Dieudonné. C’est le contexte qui éclaire le sens. Le sketch de Cohen et Bokassa était compris sans aucune ambiguïté
dans les années 90 comme une satire au troisième degré des stéréotypes raciaux. A l’heure
actuelle, le sketch ne passerait dans aucune émission - sans
avoir modifié la moindre virgule - tout simplement parce que le
contexte a changé. Et puis il ne s’agit plus d’un sketch comique avec des personnages imaginaires, mais d’une polémique entre deux personnes bien réelles. Bref, cet argument est une pirouette.
En outre, il faut remettre en perspective le parcours de Dieudo pour comprendre son attitude actuelle. A l’époque Elie et Dieudonné étaient les figures de proue de l’antiracisme officiel - je pèse mes mots - qui transmettaient la bonne parole d’émission en émission. Même les intellos de gauche, pourtant allergiques au genre comique, les portaient aux nues car ils avaient permis de ringardiser la génération précédente issue du petit théâtre de Philippe Bouvard, souvent jugée vulgaire voire bêtement franchouillarde (Didier Bourdon des Inconnus s’en plaint encore aujourd’hui).
C’est à partir du moule d’Elie & Dieudo qu’est née la figure semi-politique du "rigolo de banlieue" déconnant de façon cool sur les problématiques communautaires et les préjugés raciaux. Dieudonné était à cette époque pratiquement sponsorisé par SOS racisme et par ailleurs faussement présenté comme un rejeton de la diversité de banlieue alors qu’il provenait en réalité d’un milieu de bourgeois de gauche (mère sociologue d’Etat, père expert-comptable... ) et qu’il a d’ailleurs déclaré n’avoir jamais souffert du racisme en grandissant.
Devenir l’effigie médiatico-télévisuelle de la lutte contre le racisme quand on admet n’en avoir jamais souffert soi-même, il y a là une forme de contradiction fondamentale qui ne pouvait que déboucher sur une douloureuse prise de conscience et une rupture violente avec ses "sponsors" (sketch chez Fogiel). Dieudo était au casting de toutes les comédies tendances, de toutes les émissions, c’était l’arme anti-FN, l’Elu, comme il dirait lui-même ... Arthur le présentait complaisamment comme son "pote black" devant les caméra de TF1 (mais qui n’a pas eu un pote noir ou un pote arabe de service à l’époque des "potes" ?). La vidéo se trouve peut-être encore sur Dailymotion. La tronche et le regard noir de Dieudonné en disent long sur la frustration ou l’humiliation qu’il devait ressentir.
La drôlerie et la qualité d’écriture des sketchs ont fait oublié
cette dimension politique et personnelle qui explique sans doute - en partie - le revirement et l’attitude obstinée de Dieudonné, qui est passé d’une extrémité à une autre, comme c’est malheureusement presque toujours le cas quand on s’est trop longtemps fourvoyé ou menti à soi-même dans le but d’exister ou de "réussir".