@Éric Guéguen
Si on est honnête jusqu’au bout, il faut bien admettre que si j’ai été conduit à m’intéresser à Platon et Aristote, ce n’est pas parce que j’ai commencé par lire l’intégralité de leurs oeuvres pour me rendre compte ensuite qu’ils étaient géniaux, mais plutôt parce qu’ils étaient auréolés d’une certaines gloire, ce qui est la conséquence d’une institutionnalisation de la philosophie, au moins en ce qui concerne la transmission. Si, à l’école, on présentait indifféremment Kant et BHL comme des philosophes d’égales valeur et importance, j’aurais eu beaucoup plus de mal à retrouver mes petits. Il s’ensuit donc que cette hiérarchie instaurée entre penseurs majeurs et penseurs mineurs résulte de la spécialisation d’une caste d’intellectuels chargée de transmettre la connaissance, et qui jouit d’un certain prestige. Cette caste est loin d’être exemplaire dans le temps présent (quel que soit le présent, d’ailleurs, on peut penser à la Sorbonne du temps de Rabelais), mais le temps finit par faire son travail à travers elle et par rendre justice.
Pour cela, je suis donc favorable à l’existence des élites, et donc à une hiérarchisation de la société, qui n’exercent pas leur autorité par la force, mais par le prestige. Je reconnais par ailleurs que, bien souvent, les élites sont incompétentes, mais je ne pense pas que cela suffise à délégitimer le principe même de leur existence. En un mot : je suis pour l’aristocratie, du moment qu’elle est véritablement noble.