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Commentaire de Rounga sur La question juive, Karl Marx - Agoravox TV

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Commentaire de Rounga

sur La question juive, Karl Marx


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Rounga Rounga 27 juillet 2015 13:32

@maQiavel
Concernant la nature comme essence véritable des choses, de Dieu pour wikipédia ou de « premier moteur » pour vous, je vous avoue que j’aurai du mal à placer ce qui relève pour moi de la spéculation métaphysique dans un projet politique concret. Il me semble à tort ou à raison que la place de cette utilisation du mot nature est plus dans la philosophie que dans la démarche de réalisation d’un ordre politique (sauf à en faire un outil politique de légitimation de ses aspirations).

Il y a deux versants de la politique : la théorie et la pratique. Si la pratique n’est pas directement concernée par un certain nombre de considérations philosophiques, elle vise tout de même un résultat qui est déterminé par la théorie et qui est forcément lié à des questions d’ordre métaphysiques (car même exclure d’emblée toute spéculation métaphysique est une position métaphysique). Si c’est bien de théorie politique dont nous parlons, il convient donc bien de s’engager dans les méandres instables de la spéculation ontologique. Puisque nous parlons du "Premier moteur" aristotélicien, il faut dire que les connaissances ontologique et théologique (Aristote n’emploie jamais le terme "métaphysique") sont pour Aristote perpétuellement imparfaites pour nous autres habitants du monde sublunaire. Doit-on en conclure que l’ordre politique sera toujours nécessairement imparfait ? Je pense qu’il est plus sain de le penser. Georges Sorel n’hésite pas à vanter le pessimisme politique, qui n’est pas une résignation, mais qui nous prémunit contre le fanatisme qui peut résulter de l’optimisme.

"L’optimiste est, en politique, un homme inconstant ou même dangereux, parce qu’il ne se rend pas compte des grandes difficultés que présentent ses projets ; ceux-ci lui semblent posséder une force propre conduisant à leur réalisation d’autant plus facilement qu’ils sont destinés, dans son esprit, à produire plus d’heureux.

Il lui paraît assez souvent que de petites réformes, apportées dans la constitution politique et surtout dans le personnel gouvernemental, suffiraient pour orienter le mouvement social de manière à atténuer ce que le monde contemporain offre d’affreux au gré des âmes sensibles. Dès que ses amis sont au pouvoir, il déclare qu’il faut laisser aller les choses, ne pas trop se hâter et savoir se contenter de ce que leur suggère leur bonne volonté ; ce n’est pas toujours uniquement l’intérêt qui lui dicte ses paroles de satisfaction, comme on l’a cru bien des fois : l’intérêt est fortement aidé par l’amour-propre et par les illusions d’une plate philosophie. L’optimiste passe, avec une remarquable facilité, de la colère révolutionnaire au pacifisme social le plus ridicule. 

S’il est d’un tempérament exalté et si, par malheur, il se trouve armé d’un grand pouvoir, lui permettant de réaliser un idéal qu’il s’est forgé, l’optimiste peut conduire son pays aux pires catastrophes. Il ne tarde pas à reconnaître, en effet, que les transformations sociales ne se réalisent point avec la facilité qu’il avait escomptée ; il s’en prend de ses déboires à ses contemporains, au lieu d’expliquer la marche des choses par les nécessités historiques ; il est tenté de faire disparaître les gens dont la mauvaise volonté lui semble dangereuse pour le bonheur de tous. Pendant la Terreur, les hommes qui versèrent le plus de sang furent ceux qui avaient le plus vif désir de faire jouir leurs semblables de l’âge d’or qu’ils avaient rêvé, et qui avaient le plus de sympathies pour les misères humaines : optimistes, idéalistes et sensibles, ils se montraient d’autant plus inexorables qu’ils avaient une plus grande soif du bonheur universel."

Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Introduction, lettre à Daniel Halévy


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