@Sutter Kane
Il est un peu normal que les Cambodgiens ne nous parlent pas sans arrêt de leur génocide, vu qu’il nous est complètement étranger, que nous n’y avons aucune responsabilité. Celui des Juifs est le fait d’Européens et le gouvernement de Vichy (le "gouvernement français" depuis Jacques Chirac) y a joué un petit rôle.
Je vous suggère l’exercice de regarder différemment.
Il y a des raccourcis avec vos propos. Vous et moi n’étions rien en 1945, nulle part, en rien dans les matériels biologiques de nos parents. A moins de vouloir qu’on naisse avec des dettes historiques, vous et moi avons zéro responsabilité avec le génocide juif. Après, il y a des règles de politesse (non écrites, lois humaines) qui s’imposent quand quelqu’un vous raconte des drames vécus personnellement ou avec sa famille.
Par contre, j’étais déjà né quand il y a eu le génocide cambodgien. Je ne sais pas s’il faut parler de responsabilité, mais pour le moins, cela s’est passé au cours de mon existence, même si j’étais encore petit. Pot Pot a suivi une scolarité d’administration française, y compris des études à Paris. Il est mort de sa belle mort, sans avoir été jugé. J’ai vu le film "La déchirure" à une époque où les idéologies en cours empêchaient encore d’admettre pleinement le génocide. Je l’ai vu avec un cambodgien qui s’était lui-même échappé du génocide. J’ai connu un prof d’histoire, qui a reconnu sans fard avoir été conseillé technique du régime de Pol Pot et en avoir une culpabilité. Il n’a pas été jugé, tant mieux pour lui, tant pis pour les tués et les suppliciés. Les cambodgiens sont tout seuls à devoir se démerder avec ça.
Allons plus loin. J’ai visité la prison, devenue musée de Tuol Sleng, à Phnom Penh (1988). Il y avait deux gosses, 7-8 ans, tout temps dans nos pattes, qui insistaient pour nous faire les guides improvisés contre bakchich. Dans un pièce qui a servi de torture, l’un d’eux est allé tout de suite s’allonger sur le sommier en fer et l’autre a pris la paire de tenailles encore présente pour simuler et ainsi nous "expliquer". Transposez : fallait-il les engueuler, au nom de la mémoire des lieux, de leur génération de géniteurs, du drame de leur pays ? Fallait-il ne pas les payer, pour les punir, ou leur donner bakchich selon l’usage courant pour le voyageur un tant soi peu respectueux des gens qu’il rencontre ? Doivent-il grandir durant toute leur existence en fonction de cette mémoire ou ont-ils droit à résilience ?
Aujourd’hui, vous comme moi, les juifs que nous voyons, sont à la tévé et dans les médias. Médias qui sont, de fait, la première fabrique de nos opinions (à moins que vous ayez un nombre important de juifs dans votre entourage proche). C’est Kouchner qui balance sans problème que la France est absolument raciste, BHL qui veut nous faire prendre des iraniens pour des nazis, Attali qui dit que notre pays est un hôtel (qui vaut aussi bien le "nique la France", je n’ai pas d’exclusivisme là-dessus). Et ces mêmes médias qui traitent du énième massacre palestinien à la balle explosive avec tout le mépris dont ils nous ont habitué. Par contre, on ne voit qu’une fois le juif Daniel Knoll expliquer chez Bourdin comment le CRIF a tué une deuxième fois sa mère en imposant une marche blanche sans le consulter à des conditions que le fils n’aurait jamais souhaité en mémoire de sa mère assassinée.
De toute les réactions que vous lisez sur ce fil, en 2018, c’est le ras le bol de la religion shoatique. Même ceux parmi les commentateurs, que vous traquez, qui ont peut-être envie de contester les chambres à gaz ou le nombre de millions de juifs tués : ce n’est pas contre la vérité des faits qu’ils en ont, mais contre la religion choatique. C’est la vidéo de Norman Finkelstein en colère qui été mise en lien dans ce fil contre l’exploitation totalitaire et terrorisante du malheur des juifs pendant la guerre. En mémoire des tués de sa famille, il souhaite que le génocide juif ait au moins la fonction repoussoir aux autres horreurs, de pédagogie pour ne pas les reproduire, de moyen d’alerte à notre génération quand viennent les conditions d’un autre massacre. Ce ne sont pas les propos des Knoll et des Finkelstein que les médias relaient. Quels juifs médiatiques français ont lutté contre la propagande de guerre contre l’Irak et la fiole à Powell, qui valait au moins le protocole des sages de Sion en monstrueux mensonge ?