@maQiavel
Je vais vous définir l’état de guerre : l’effet d’une
disposition mutuelle, constante et manifeste de détruire l’Etat ennemi ou de
l’affaiblir ou moins par tous les moyens qu’on peut. Cette disposition réduite
en acte est la guerre proprement dite, tant qu’elle reste sans effet, elle
n’est que l’état de guerre ». Lorsque vous parlez de gagner la
guerre sans la faire, c’est de cela que vous parlez : vaincre sans passer
par la guerre proprement dites.
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C’est juste, mais c’est incomplet.
- La guerre : c’est le conflit métallique, avec morts
et destructions.
- L’état de guerre : c’est la volonté de nuire ou
posséder un pays tiers par tous les moyens autres que métalliques. Ou,
symétriquement, c’est subir cette volonté belliqueuse (Vénézuela, Iran).
- on peut rajouter l’état soumis (vassal, dominion...) :
c’est la volonté de se soumettre à une protection externe (la
« découverte » de Mitterrand sur son lit de mort, après 14 ans de
présidence).
- l’état de paix : c’est la volonté d’être maître chez
soi et la confiance accordée aux autres pays qui manifestent la même volonté.
C’est avec cet item, je pense, qu’on n’est pas d’accord. Vous dites que c’est un état
transitoire, moi je dis que c’est une force en soi. Gandhi a cherché la paix,
pas la guerre. La Chine construit un état de paix (si on se place au plan
international, en passant par-dessus les tensions frontalières, inhérentes aux
pays à territoires étendus). Elle a accepté d’être l’atelier du monde en vendant
moins cher ses produits que les autres pays. La menace ne vient pas de la Chine
qui a joué le jeu commercial. Les ferments de la guerre viennent de notre
erreur à acheter moins cher ailleurs, par facilité et courte vue en laissant s’épuiser
notre capacité d’existence économique.
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Il est nécessaire de réévaluer constamment nos relations de
défiance et de confiance. Sachant que la défiance n’est pas de nature à réduire
les guerres, ou états de guerre. Le non alignement de de Gaulle a tempéré la
logique de confrontation US/URSS : c’est une force de paix. La faiblesse
aurait été, comme maintenant, de céder aux tambours de guerre, à la facilité de
la défiance, au confort de l’état vassal.
Avec la Russie, encore. J’ai eu un repas avec le n° 2 de
l’état major de la défense, que je connaissais vaguement par des amis, c’était
l’époque de la Pérestroïka. J’étais jeune, il tentait de doucher mon
enthousiasme pour Gorbatchev (il vient du KGB, attention aux manœuvres de
l’URSS…). Je lui ai fait la liste de tout ce qu’il a entrepris (fin du mur de
Berlin, retrait des troupes d’Afghanistan, économie privée, libertés d’opinions
et de religions…) et je lui ai demandé ce qu’il fallait qu’il fasse encore pour
qu’il apparaisse à ce général comme quelqu’un de bien. Il s’en est sorti par
une blagounette et cédant qu’il n’avait pas de réponse. S’il a reflété l’état
d’esprit du commandement de la défense nationale, il y a un manque
d’intelligence. Un bon stratège n’est pas simplement quelqu’un qui ne fait que
se préparer à la guerre pour l’éviter, car cette seule option, partagée par
tous, n’amène que la guerre, ou l’état de guerre permanente. Un bon stratège
est aussi celui qui sait comment rendre possible la construction de la paix.
Plus récemment, c’est le discours de Poutine au Bundestag en
2001 que vous connaissez sans doute : il a proposé la construction d’une
Maison Européenne. https://www.youtube.com/watch?v=ipBiF6KiyLU . La confiance
est progressive. Savoir prendre au mot au moment opportun, puis avancer en stop
and go, avec des gages de confiance. Là encore, si l’UE avait sur faire preuve
de sa force, elle aurait su construire l’état de paix avec la Russie.
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Les BRICS, ce n’est
pas l’OTAN, l’ONU, ce n’est pas une alliance entre pays, un empire, ce n’est
pas une fédération de pays. Si vous réduisez l’histoire à l’activité guerrière,
vous ne permettez pas de distinguer les caractères de ces organisations, ni ne
permettez aux stratèges, aux écoliers, au citoyens de comprendre les activités
qui produisent la guerre de celles qui produisent la paix.