@maQiavel
Je ne connaissais pas la thèse de Bainville mais je la trouve très cohérente. J’ai toujours été frappé par la dimension "néo-antique" du régime napoléonien. On a effectivement l’impression, en éprouvant intérieurement cette époque à partir de ses productions juridiques aussi bien que culturelles, d’une tentative de passer au-dessus de la royauté mais en faisant paradoxalement référence à l’Antiquité, tout en essayant d’entrer dans la modernité. Cette hétérogénéité produit une fuite en avant guerrière fulgurante, dramatique et finalement tragique. Cependant, il m’est difficile de considérer Napoléon comme un tyran obstiné agissant pour sa propre gloriole personnelle car il semble bien assumer consciemment un destin national qui le dépasse. Son règne me fait l’effet d’une irruption singulière qui ne se raccorde pas avec le fil de l’histoire de France ; et sans laquelle cette histoire manquerait pourtant d’une charnière nécessaire entre deux époques séparées aussi irrémédiablement que le furent la tête et le corps du roi.