@maQiavel
"Ce que vous appelez « discussion de degré » débouche sur des régimes politiques très différents que ni vous, ni moi ne trouverions acceptables. En ce qui me concerne, je ne fais aucune différence entre un régime dans lequel un monarque se donnerait le droit de tout faire et un régime dans lequel une majorité se donnerait le droit de tout faire. Dans les deux cas, je qualifie ce type de régime de tyrannique."
J’ai parfaitement conscience du caractère dangereux de toute nouvelle loi (et même de l’Etat en général). Une loi, c’est comme un médicament. On le prend parfois pour se soulager et puis on se rend compte plus tard qu’on n’a pas bien prévu les effets indésirables. Il n’y a qu’à voir les conséquences de la loi Gayssot, par exemple, qui est l’exemple parfait de la loi nuisible (un médicament qui n’a jamais apporté aucune amélioration mais qui a détraqué encore plus l’organisme social). D’un autre côté, on peut aussi voir des complications surgir, se mettre à dépérir et puis mourir bêtement si on ne se soigne pas du tout et si on se contente de nier le problème. En ce qui me concerne, je considère aussi que la démocratie a ses limites (je n’entre pas dans le détail pour faire simple), mais je considère encore plus fondamentalement que c’est le domaine politique qui a ses limites, bref qu’il existe des dimensions de la vie humaine qui ne sont pas concernées par le politique (pas même par la constitution) et qui doivent même en être soigneusement préservées. Or, toute la difficulté consiste à bien distinguer les différents plans qui sont intriqués dans chaque problème, cela demande une intense attention. Par exemple, le contenu d’une prière n’est pas politique, mais le fait de se rassembler pour chanter cette prière dans la rue devient politique ; de même la vie amoureuse n’est pas politique en soi, mais la question de savoir si on peut faire l’amour en public ou bien si on peut se marier administrativement est politique. La tyrannie survient quand on n’est pas capable de faire correctement cette distinction, car le pouvoir politique en charge du commun s’introduit alors dans l’espace intime spirituel et, de son côté, l’espace intime spirituel cherche à envahir les espaces communs.