@maQiavel
"Je comprends aussi le sentiment de dépossession culturelle (le fait de ne plus se sentir chez soi, de se sentir dépossédé de son propre pays)."
"Le fait de ne plus se sentir chez soi, de se sentir dépossédé de son propre pays", il ne faut pas l’appeler "sentiment de dépossession culturelle". Cet emploi est insensé et contradictoire. De nombreux Français se sentent, non pas dépossédés de leur culture, mais dépossédés de leur territoire, de leurs espaces communs, de leur rue par exemple. Ils peuvent se sentir envahis par une culture étrangère, mais cela ne les dépossède pas de leur propre culture (!)
Pour qu’un Français se sente dépossédé de sa propre culture, il faudrait par exemple qu’il constate avec amertume ou jalousie qu’un étranger s’approprie trop parfaitement la culture française. Par exemple qu’il voit que cet étranger maîtrise mieux que lui l’art de vivre à la française, l’histoire de France, la langue française, l’art du vêtement français, la gastronomie française, le cinéma français. Or, ce n’est pas ce que vous voulez dire, n’est-ce pas ?
Ce sentiment a pu exister à l’époque coloniale, mais de manière anecdotique, quand un Européen était confronté à un Africain ou un Asiatique plus cultivé et instruit que lui. Cela peut encore se produire, par exemple, quand un Sénégalais maîtrisant parfaitement la langue et la littérature française a les moyens de se moquer un peu du mauvais français d’un Parisien moyen. C’est d’ailleurs assez drôle de voir le Français faire la grise mine quand il se sent dépossédé de sa francophonie par un "bamboula" qui lui envoie des imparfaits du subjonctif dans des phrases à la syntaxe bien ciselée.