@CoolDude
Un problème pas nouveau CF cette étude de 2009.
https://www.cairn.info/revue-etudes-2009-4-page-463.htm
Le problème des groupes de pression
14Le principal danger qui menace Wikipédia est celui d’un monopole local exercé sur la connaissance disponible. Il est ainsi avéré que la société Wal-Mart, la plus grosse entreprise mondiale [22], a payé une société de conseil en communication pour modifier l’article la concernant sur Wikipédia, article jugé trop défavorable par des dirigeants de l’entreprise. En France, des militants PS et UMP sont intervenus pendant le débat opposant Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, afin de faire correspondre l’article encyclopédique sur l’énergie nucléaire aux déclarations de « leur » candidat. En parcourant l’encyclopédie en allemand, début 2008, j’ai découvert que des articles concernant la période nazie (par exemple « Hitler-Jugend ») respectaient certes les règles de composition encyclopédique, mais étaient animés par un processus d’héroïsation subtil, qui ne peut laisser indifférents des adolescents, et viole en outre la loi allemande en mettant à disposition de tous des symboles nazis.
15Le phénomène des groupes de pression sur Wikipédia est connu depuis longtemps. En 2007, un outil informatique (le « WikiScanner [23] ») mis au point par un jeune hacker américain en a donné la mesure : le « scanner » a prouvé, sans surprise, que des modifications favorables de l’article « scientologie » venaient des bureaux de l’Eglise de scientologie, l’article « Wal-Mart » des bureaux de la société du même nom, etc [24]. D’après la BBC, le WikiScanner aurait permis de retrouver les contributions du Vatican ou de la CIA, à partir d’ordinateurs situés dans l’enceinte de ces différentes organisations [25]. Une page du magazine Wired a dressé la liste de ces contributions les plus flagrantes que l’on doit au lobbying, aux Etats-Unis [26]. Il suffit de se rendre sur un article « sensible », c’est-à-dire comportant un enjeu politique, idéologique, religieux ou simplement d’actualité, pour s’apercevoir des limites de l’élaboration démocratique de la connaissance.