@micnet
Pour
faire simple, la multipolarité implique la structuration de l’ordre mondial
autour de plusieurs pôles de puissance ayant donc l’obligation de tenir compte
des positions des autres et ne disposant pas de droits exclusifs de traiter les
problèmes mondiaux.
Cet
équilibre des puissances repose avant tout sur les rapports de force (aucun
pole n’est capable d’imposer sa puissance stratégique aux autres).
Est-ce
que j’y crois ? Depuis l’intervention russe en Syrie, il y’avait des éléments qui permettaient d’espérer qu’il devienne une
réalité. Mais là, en effet, tous les espoirs de le voir naitre viennent de s’effondrer :
dans les faits, il n’existe aucune puissance mondiale capable de résister à la
puissance stratégique des Etats-Unis. Ca ne me plait pas du tout de l’admettre mais il faut se soumettre aux faits ...
« En fait, si on souhaite un réel
équilibre des forces dans le monde, il me semble que seul un monde bipolaire
tel qu’on l’a connu sous la guerre froide permet d’y répondre »
Il y’avait
en effet un meilleur équilibre durant la guerre froide et ce que tu dis sur De
Gaulle est très juste. Et il n’est pas le seul : dans cette configuration,
même les petites puissances ont leur mot à dire en attisant l’affrontement des
grandes puissances entre elles et en diversifiant ses partenariats pour
diminuer leur influence.
Mais
il faut être réaliste : pour contrebalancer le pouvoir de l’empire américain
aujourd’hui, un seul contre pouvoir ne suffit pas, il en faut plusieurs. Le
retour de la bipolarité n’est donc pas une possibilité.
« je me demande quelle est l’idéologie de
Poutine ? Autant sa volonté de rebâtir l’ancien empire territorial
soviétique paraît clair »
Justement,
c’est une erreur. La Russie n’est pas comme l’URSS un hégémon à visée globale, et
même si Poutine en avait la volonté, il sait bien qu’elle est beaucoup trop
faible pour rebâtir l’ancien empire territorial soviétique. Poutine veut
prémunir la Russie de toute attaque du bloc américano-occidental, sachant
pertinemment que l’objectif de ce dernier est de casser la puissance russe. La
prise de pouvoir de Poutine à la fin du siècle passé est justement une réponse
à l’abaissement et à l’absorption de la Russie, qui a connu une décennie noire
et des humiliations répétées à la chute de l’URSS, la renaissance de la Russie
relève presque du miracle, quoiqu’on puisse l’attribuer au talent de Poutine.
Poutine
est obsédé par la sécurité et la pérennité de la Russie : toutes les
actions de la Russie depuis qu’il est au pouvoir s’expliquent par cette
obsession. Et c’est ce qui l’amène, pour se protéger, à organiser son voisinage
pour construire des glacis protecteurs, c’est ça qui fait émerger l’impérialisme
russe, qui est en réalité un impérialisme de réaction et de défense.
La
grande faiblesse de Poutine ? C’est à mon avis, ce que les Chinois lui
reprochent, d’avoir mené une politique au-dessus des moyens de la Russie. L’invasion
de l’Ukraine était une erreur. Et aujourd’hui, on peut également conclure que l’intervention
en Syrie l’était également. Mais c’est facile à dire maintenant, il était difficile de
prévoir que la Russie s’embourberait ainsi.