Ce livre, le deuxième de l’année 2006, après "Ils ont tué la télé publique", est du même tonneau ; l’édition en est médiocre : fautes diverses (il écrit « halbardes » ou "service publique" comme dans le précédent livre !), mise en page peu attractive, colonisation des colonnes de notes sur le texte principal. J. Robin est adepte des répétitions hasardeuses ou burlesques : « Dans ma famille, du côté maternel, tous les membres de ma famille du côté maternel… », « Tout ce qui peut s’exprimer dans l’expression… », « il fut le Président de la République qui, le premier (…) entérina les thèses de Bernard-Henry Lévy dans la loi, via la loi Gayssot. Cette loi fut votée… », « le lien entre elles est très proche, suffisamment pour pouvoir faire le lien », « Le dîner annuel du CRIF (…) a toujours lieu, année après année… ». On s’en serait douté. Là encore, le style est parlé, visuel, naïf, digne d’un animateur de radio-libre comme dirait Desproges : « surtout quand vous aurez lu le chapitre… un peu plus loin… », « Et d’autre part jamais, je dis bien jamais… », « Est-il nécessaire de préciser, à cet instant… » Voilà comment l’éditeur J. Robin a probablement exercé son « métier » pendant treize ans : sans talent ni même goût littéraire, sans grande conscience professionnelle, sans recul pratique par rapport à ses propres fantasmes commerciaux.
Le fond n’est guère plus relevé. De nombreux paragraphes sont mal écrits ou pas clairs, voire absurdes : « la loi Gayssot ne peut s’appliquer rétroactivement à la loi Taubira » ?? Le défaut principal du livre cependant est que la « judéomanie » est une notion mal fondée, mal pensée ; « l’admiration outrée pour la communauté juive » n’est pas le problème en question dans ces années 2000 mais plutôt « une alliance de blancs, juifs et non-juifs, pour favoriser les juifs » qui produisit une « obsession de l’antisémitisme », une « surmédiatisation des actes et paroles antisémites », une « surréaction politique »… puis une « concurrence entre organisations antiracistes », un « mirage communautaire » dans la classe politique. Et encore : faudrait-il dire que les uns et les autres n’avaient pas les mêmes objectifs, les mêmes pulsions, les mêmes références. Malgré des expressions comme les « blancs goys » ou « les « élites visibles de la communauté juive », J. Robin n’entre jamais dans l’épaisseur sociologique de son sujet, au contraire d’A. Soral, dont il suivait ici les menées ; le contexte historique n’est jamais évoqué (il prend l’affaire de Carpentras telle quelle), l’analyse chez lui est dispersée, la synthèse décevante parce que trop théorique. Il répète à satiété qu’un "antisémitisme de ressentiment" serait le produit de la "judéomanie" sans jamais faire le lien entre élites juives et immigration musulmane. A l’époque, Robin est encore un libéral cosmopolite pur jus qui aborde la politique avec des idées platoniciennes pures : « Nous méritons tous de ne plus connaître le racisme, c’est pourquoi il convient de combattre toutes ses sources, et toutes ses manifestations… » Pour lui, l’hôtel d’Evreux « héberge le gardien de la Liberté, de la Fraternité et de l’Egalité. » Les socialistes étaient moins naïfs.
Il n’analyse donc pas la trajectoire de la « judéomanie » mais prétend dénoncer celle-ci comme du « racisme », de façon dogmatique, ce qui le conduit absurdement à demander d’un côté la fin de privilèges juifs exorbitants puis appuyer, de l’autre, la reconnaissance victimaire due aux Noirs dans la servitude desquels sa chère « République égalitaire » n’est pour rien.
Source : https://www.amazon.fr/product-reviews/2952364729/ref=acr_dpx_hist_2?ie=UTF8&filterByStar=two_star&reviewerType=all_reviews#reviews-filter-bar