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Le fou de T'chou

Le fou de T’chou

Ô phénix, ô phénix ! Ruine des idées fixes.
L'avenir n'attend plus, le passé est révolu.
Dans un monde en paix, le sage apparaît.
Dans un monde en guerre, le sage se terre.
Ô dans cette pourriture, rien que la torture !
Bonheur est comme plume, pour qui veut le ramasser.
Malheur est comme plomb, pour qui se fait du mouron.
Adieu ! Adieu ! sages prétentieux.
Danger ! danger ! Regarde où tu mets les pieds !
La route est épineuse, et ma marche est tortueuse.
Moi qui ne suis pas l'ornière, je ne finirai pas dans la fondrière !

Tableau de bord

  • Premier article le 08/06/2018
  • Modérateur depuis le 16/06/2018
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Derniers commentaires




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    Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 13 avril 2016 09:20


     Revenons à nos moutons. Sur le dressage (ch IX) :
    *

     " Les chevaux ont des sabots qui peuvent fouler le givre et la neige ; ils ont un pelage qui les prote ?ge du vent et du froid. Ils broutent l’herbe, boivent de l’eau, le ?vent les pattes et sautent Telle est la ve ?ritable nature des chevaux, fis n’ont que faire des e ?quipages et des e ?curies. 

    Un jour Bo Le apparut et de ?clara : « Je sais dresser les chevaux.  » Il les bru ?la, les tailla, les perça, les brida ; il les lia avec une longe et des entraves ; il les parqua dans des boxes et des stalles. Il en mourut trois sur dix.Il leur fit endurer la faim et la soif ; il les contraignit à prendre le trot ou le galop. Il les accoutuma à s’aligner et à se mouvoir de concert ; il leur imposa, devant, la torture du mors et leur agita, derrière, la menace de la cravache. Il en mourut la moitié. "
    *

     Je cite ici R. Graziani : " Les se ?vices inflige ?s au cheval re ?ve ?lent la fac ?on dont les hommes se gouvernent eux-me ?mes et la mutilation qu’ils ope ?rent sur leur nature propre. L’intelligence, bride ?e par le de ?sir de profit et le sens de l’utile, a ferre ? puis casse ? le ressort naturel en nous, ce dynamisme de la nature qui donne aux animaux leur e ?lan, leur joie, leur essor."

    *

      Mais alors, faut-il laisser carte blanche à son esprit fougueux tel que la suggère l’image du cheval sauvage ? Voici deux histoires sous formes de métaphore pour commencer à y répondre. La première est un peu décalée smiley :

    *

     (ch. IV) " Il y avait un homme qui aimait les passionnément les chevaux. Il allait jusqu’à recueillir leur crottin dans un coffret précieux et leur urine dans une conque de nacre. Un jour, il administra une tape malencontreuse à l’un d’entre eux en voulant chasser les mouches qui l’importunaient. Le cheval pris le mors aux dents, lui brisa le crâne et lui défonça la poitrine. Certes, cet homme avait les meilleurs intentions du monde, mais sa passion causa sa perte. C’est pourquoi il vous faut être continuellement sur vos garde ! "

    *

     (ch. VI) " Tseu-sseu, Tseu-yu, Tseu-li, Tseu-lai étaient quatre amis. Voici comment ils s’étaient liés. Un jour, l’un d’entre eyx s’était exclamé : ’ Qui peut faire du non-être sa tête, de la vie son épine dorsale, de la mort son cul, qui a réqlisé que vie et mort, existence et disparition sont une seule et même chose, celui-là, je le prendrais pour ami ! ". Ils s’étaient alors entre-regardés, puis s’étaient mis à rire et avaient noué des liens indéfectibles.

    Tseu-yu tomba malade. Tseu-sseu alla prendre de ses nouvelles.

    - Extraordinaire, lui dit son ami, que la création ait pu faire de moi cette chose toute tassée et déjetée ! Une bosse m’a poussé sur le dos, mes cinq viscères remontent vers le haut tandis que mon menton s’est enfoncé dans mon nombril. Mes épaules dépassent le sommet de mon crâne et mon échine pointe vers le ciel !

    Bien que les humeurs yin et yang s’agitassent à l’intérieur de son corps, son esprit était calme et ne s’en préoccupait pas. Il se traîna pour contempler l’eau du puits. Il resta un long moment à admirer poussant des exclamations :

    - Vraiment la création m’a drôlement arrangé !

    Son ami lui dit :

    - Cela te fait-il horreur ?

    - Non, pourquoi donc ? Qu’elle transforme mon bras gauche en coq, et je pourrai annoncer le jour ; qu’elle transforme mon bras droit en arbalète, je m’en servirai pour dîner de cailles rôties ; qu’elle transforme mes fesses en roues et mon esprit en cheval, ( ????) alors je n’aurai plus besoin de rouler carrosse ! Ce qui nous est échu l’est à titre temporaire, aussi est-il dans l’ordre des choses que cela nous soit retiré. Quand on se satisfait du provisoire et que l’on accepte l’ordre des choses, la joie et l’affliction n’ont plus de prise sur nous ; c’est ce que les anciens appelaient être délivré de tous liens. Qui ne sait se délivrer de ses liens est esclave des choses. Les créatures doivent depuis toujours se soumettre à la volonté du Ciel, pourquoi en éprouverais-je du dégoût ? [...] "

    *
    Bon, ça demanderait quelques éclaircissements tout ça, mais restons dans l’enseignement sans paroles smiley Il y a une autre histoire que j’aime beaucoup sur ce sujet, qui parle des chevaux, peut-être la meilleure, mais elle est un peu longue et pas facile à la première lecture.
    *
    Amicalement vôtre smiley


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    Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 13 avril 2016 09:19


       @ jean mouche 
     *
     Je part du postulat qu’il n’existe ni âme, ni esprit, mais seulement un corps qui s’apparente plus à une nuée/essaim ( un nuage de milliers de moucherons/abeilles) qu’à un monolithe.
     *
     Tout ce que vous dites sur le corps est très intéressant, et ça rejoint à 100% le point de vue du Tchouang-tseu  ! De là à dire que l’esprit et/ou l’âme n’existe pas, je serai beaucoup plus réservé, mais passons (c’est un détail smiley ). L’ouvrage lui-même est basé sur des dialogues, pour reprendre ce que vous dites sur "l’action" nécessaire, et beaucoup d’anecdotes portent sur des prouesses physiques via des artisans, ou autres (boucher, charron, charpentier, fabricant de cloche, nageur, passeur etc.) Il y a notamment un passage très cocasse avec un charron qui, après avoir rétorqué à son prince que les livres qu’il est alors en train de lire ne sont que des "déjections", se justifie — pour ne pas se faire couper la tête —en lui décrivant son métier. Il mentionne, en outre, cette phrase (wonderful) :  
    *

    « Il faut l’avoir dans les doigts, l’esprit se contente d’obéir  ???????? ».

    *

    C’est depuis devenu une expression populaire, mais celle-ci dit toutefois : ce que le cœur veut, la main l’accomplit (  ????)  soit l’inverse. Cette inversion se retrouve pour la première fois dans des textes du XII siècle. Je soupçonne le fait que ce soit des confucéens (les intellectuels) qui soit à l’origine de ça, plaçant la notion de coeur/esprit avant tout. 
    *
    Bref. Il y aurait à dire sur le sujet...
    *

       Je pense plutôt (à voir la première image) au long fouet utilisé pour l’élevage des chevaux des steppes depuis plus de 5000 ans. [...] Voici mon point de vue, il s’agit bien sûr d’autoflagellation dans un sens d’autodiscipline. [...] Comme on dresse le jeune cheval, ou on apprend à parler au perroquet oisillon.
    *
      La question sur le dressage est très intéressante, mais la réponse est délicate. Je vais vous répondre par les textes, ça va être plus simple ! Il faut tenir compte en prémisse de ce que l’on vient de dire sur le travail manuel, qui est incontournable. Mais essayons de voir l’autre versant du problème... En effet, il s’agit d’une autodiscipline, mais pas coercitive... Le dressage du cheval sans fouet est un thème classique chez les taoïstes. Catherine Despeux en parle pas mal dans un ouvrage par exemple, mais je ne l’ai pas lu (https://www.amazon.fr/Le-Chemin-l%C3%A9veil-bouddhisme-l%C3%A9l%C3%A9phant/dp/2901795102?ie=UTF8&*Version*=1&*entries*=0).  Je vais filer la métaphore du cheval, tant qu’on est dedans ! Elle est très présente dans le Tchouang-tseu, dès la première page.
    *
     On peut par exemple noter, en aparté, cette phrase sublime (ch. XXVIII) :
    *
        Cette vie éphémère qui s’inscrit dans la durée illimitée de l’univers passe aussi vite que l’ombre d’un cheval au galop surpris dans l’entrebâillement d’une porte.



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    Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 12 avril 2016 18:48

     @ jean-mouche
    *
      (désolé pour le pavé)

    *
     Sur l’interprétation que je tire des sinogrammes, c’est un exercice assez périlleux à vrai dire smiley Je joue un peu avec le feu à ce jeu, ce serait un peu comme faire de la langue des oiseaux (et encore, je n’ai pas touché aux composantes du caractère), ce n’est pas très sérieux ! Toutefois, la langue chinoise semble vraiment bien ce prêter à ce genre de jeu, pourvu qu’on ait quelques cadres solides pour ne pas partir dans tous les sens non plus. Si chaque caractère peut avoir une grande polysémie de sens, son sens correct est en réalité donné par formalisme : il n’y a donc pas strictement "d’incommunicabilité" (mais je vais bientôt vous donner raison...). Sur le formalisme c’est vrai en général pour le chinois d’aujourd’hui, mais ça l’est d’autant plus avec la langue classique chinoise (la forme écrit du chinois qui était utilisée jusqu’à l’orée du XX siècle). C’est par l’agencement des caractères dans une phrase que leurs sens particulier peut être donné. D’un point de vue historique, le travail des exégètes a en grande partie consisté à donner le sens précis des caractères des textes anciens...
    *
     Un aspect très important qu’ont eut à cœur les politiciens depuis l’antiquité a été la rectification des noms (? ?) pour que chaque désignation soit conforme aux réalités. Il faut classifier, ranger chaque chose dans une case précise. Le Tchouang tseu contient des vues très profondes sur le problème du langage (qui est étroitement corrélé à la problématique de la connaissance). Il fait exploser les cadres conceptuels de l’époque et montre que le langage est avant tout une construction humaine bien peu fiable... Il pointe le fait, en outre, qu’il y a toujours du non débattu dans les débats, des "sentiments" comme vous le dites qui ne sont pas, ou ne peuvent être exprimés verbalement. C’est la joute au plus beau parleur, en résumé c’est du n’importe quoi. C’est tout un sujet en soi, mais généralement on dit du Tchouang tseu que pour lui "tout langage est impossible", en gros qu’il casse tout au bulldozer et point barre (il critique, et c’est tout). C’est tout à fait faux. Il a une conception bien précise du langage, et c’est à travers l’application de celle-ci qu’il conçoit (pour moi)... une manière de sauver avant tout, non pas le monde — qui est de toute façon voué à se barrer en couille, — mais la Vie.
    *
     Ça paraît bête... voire très paradoxale au regard du fait qu’il prône ouvertement, et par diverses manières, l’enseignement par la non-parole.
    *
        Passons ! 
    *
      Quelles autres sens pourraient avoir cette expression que j’ai adoré : "fouetter les trainards" ?
    *
     Ce n’est pas une expression très poétique...

     ???? . Le bian c’est le fouet chinois en ferraille avec plein de maillon, je sais pas si vous voyez mais ça pourrait être l’équivalent de l’instrument royal du sadomasochiste averti ! D’un point de vue strict, ça peut vouloir dire "fouetter les descendants". Si c’est pris à la lettre ce n’est pas très recommandable (fouetter les enfants). Perso, ça me fait penser à la dernière phrase de la nouvelle Le journal d’un fou de Luxun (un écrivain du début XX, le titre est en référence à la nouvelle de Gogol) : ??????" Sauvez les enfants ". Cette phrase est juste magique. Si vous ne connaissez pas cette nouvelle je vous invite vivement à la lire, ça fait vingt pages, ça doit être mon texte préféré (je dois avouer que j’ai une culture littéraire très pauvre). C’est l’histoire d’un fou, qui croit à tort que ses semblables qui, sous couvert de valeurs d’humanité (ren ?) et de justice (yi ?), pratiquent le cannibalisme. Bref... Je vous laisse imaginer l’histoire, qui n’est pas très gaie. Au demeurant, "fouetter la postérité", compris dans le sens du fait que ce soit eux, les "jeunes" (à commencer par les plus petits), qui demandent une attention particulière, me semble très signifiante... Ça ressemble aussi à n’en pas douter à la démarche du Tchouang tseu, qui continue à nous fouetter l’esprit deux mille ans après. 
    *
         C’était une question plutôt pertinente... merci de m’avoir obligé à regarder le texte de plus près smiley 

    *
      Sur les problèmes de communication, vous avez tout à fait compris l’application concrète de ce que j’ai voulu esquisser par la théorie ! smiley Ça peut bien sûr dépendre de beaucoup de variables comme... le problème de ton si vous parliez chinois lors de vos pérégrinations, la musique occupant un rôle premier dans ces cultures... mais bien plutôt, que vous parliez anglais ou un chinois impeccable, à un fait culturel. Le plus évident est celui ci : chez nous, on communique, on s’affirme par la confrontation. C’est par la collision de deux silex que la flamme peut sortir. La prise de bec dans l’idéal est féconde, c’est comme ça qu’on peut repartir sur des bases saines. Chez eux, c’est l’implicite ?? qui domine, la réserve, en laissant suggérer, deviner par touches subtiles... (C’est ici que ça recoupe ce que j’ai dit dans le post précédent ... ) C’est par un frottement de deux bouts de bois appliqué à un endroit précis ayant, en apparence, aucun effet, qu’une chaleur puis un embrasement se forme dans la zone que l’on souhaite modifier chez l’interlocuteur.
    *
     Ça ressemble à s’y méprendre à la technique de la divination....... qui cherchait au néolithique à deviner l’action des esprits de la nature.
    *
       Si je mentionne cette différence confrontation/serpenter par allusion, c’est pour souligner que les deux modes de communication existent dans l’absolu en Orient comme en Occident, mais chacun a donné une certaine tendance, subtile mais s’appliquant à tous les niveaux, finissant donc par modifier sensiblement le schéma initial. Le plus souvent en effet, ces différences culturelles sont rendues manifestes par des automatismes, des tics de langage dont nous ne faisons guère attention au quotidien.
    *
        Je rejoints parfaitement P. Burensteinas lorsque celui-ci dit que l’on comprendra toujours mieux la Voie à travers sa propre culture, que ça ne sert à rien d’aller la chercher à l’autre bout du monde (le Laozi dit la même chose sur le voyage) — le but est le même, faire du feu. Le fait toutefois d’arriver à définir deux points d’ancrages de part et d’autre du continent, et d’arriver à y jeter un pont peut s’avérer, en étant un peu optimiste, très enrichissant. Et au demeurant, essayer de redonner au subconscient, profondeurs de notre propre culture plus de consistance...


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    Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 11 avril 2016 05:46

     @ jean mouche
    *
     L’ouvrage : " Les Oeuvres de Maître Tchouang " ou Tchouang-tseu ????
    *
     La traduction est de Jean Lévi.
    *
     C’est un bouquin qui a été écrit il y a 2300 ans, mais il a pas pris une ride.
    *
     Au delà de ce nom barbare, il y a de quoi pérorer longuement... (lecture facultative pour ce qui suit) 
    *
     Historiquement "Tchouang" c’est un nom de famille de la noblesse de l’époque [période des Royaumes combattants env. 450-221 av. J.-C.]. Cette famille, si l’on se fit au recoupement des documents d’alors, a dû fuir sa province originaire, le royaume de Chu au sud de la Chine, pour se réfugier au royaume de Song, pour cause de persécution politique. Le titre de l’ouvrage désigne ainsi directement l’auteur présumé.
    *
     Je vais vous donner des indications fantaisistes d’un point de vue historique, mais avec les amis de la Voie, il y a toujours des couches à dévoiler. Les sinogrammes ont toujours plusieurs sens différents, voire parfois beaucoup, mais il faut les comprendre par leur aspect générique. Ils ne renvoient jamais à des idées abstraites mais indiquent des attitudes spécifiques, des données concrètes.
    *
     Ainsi, "Tchouang" désigne la croisée de chemins (de la Voie aussi, dao ? = le sentier, le chemin). Il s’agit au demeurant de l’un des sens du sinogramme, dont je pense qu’il résume assez bien l’ensemble...
    *
     Pour reprendre les deux sens principaux du caractère, cela désigne le hameau, le village, à la croisée des sentiers selon l’idée véhiculée, idéalement situé sur une montagne ; mais surtout, et avant tout (sens premier du caractère), une tenue grave, majestueuse, être digne et correct. Cela renvoie directement à une autre expression (weiyi) désignant la même chose, et qui résume en fait le comportement rituel : une attitude grave et attentionnée, autrement dit un comportement généreux, faisant montre de respect, d’estime de vénération — voire de dévotion — afin que l’individu puisse espérer exercer en retour une certaine force suggestive, pouvant amener son interlocuteur à infléchir naturellement son comportement. Mais cette expression est elle-même indissociable de celle, plus cardinale encore, de la notion vertu ou pouvoir naturel (de) qui renvoie à l’exercice de l’action juste, c’est-à-dire distributive : généreuse, dissuasive voire répressive, martiale. Il s’agit donc là d’une attitude à la croisée des chemins qui est suggérée... vous ne trouvez pas ? On croirait ainsi s’apprêter à lire un livre pompeux sur le rituel chinois or, et je vous laisse l’imaginer, cela va bien au-delà smiley
    *
     Personnellement je trouve cela assez comique, et surtout très fin, le fait d’avoir choisi ce titre (c’est la marque stylistique caractéristique de ses auteurs). 
    *
       Un petit mot sur le ? quand même... C’est un titre honorifique à l’époque, désignant le "maître", mais il renvoie historiquement à la manière dont était nommée tout le monde, à l’origine, sous la dynastie Shang [1570-1045 av. J.-C.] : "fils", et par extension "enfant". Tout le monde avait en effet un seul père, le roi. Après quand la société a commencée (ou plutôt continuée) à se scinder, cette appellation a pris le sens de "prince" etc.
    *
     Je vous laisse faire la combinaison des deux caractères ? ? ? ...
    *
     J’espère que le nom vous paraît maintenant moins obscur... en tout cas c’était le but de ma démarche. C’est dur de tout résumer, ça ouvre des tiroirs de partout !

     En ce qui concerne l’ouvrage, c’est une somme d’anecdotes, de fables, de coup de gueule, mais aussi (trouver l’intrus) de discours politique... regroupés sous la férule d’un maître, Tchouang-tseu, dont on ne sait, pour être honnête, presque rien. A-t-il seulement écrit ? Probable. Dans quelles proportions ? No idea. Il s’agit en réalité de plusieurs auteurs qui ont rédigé l’ouvrage, ceux-ci étant plus ou moins proches du Maître ou de ses idées. Tchouang-tseu est mis en scène dans l’ouvrage, mais assez peu au final : le héros, ou plutôt l’anti-héros du bouquin, c’est Confucius. L’oeuvre, bien que savamment organisée à l’origine, est aujourd’hui très disparate : des couches ont été rajoutées au fil des siècles, sur une période d’environ trois cents ans (et d’autres simplement effacées).
    *
     Il faut bien se dire une chose, si le bouquin a été conservé et a traversé les siècles, c’est que le pouvoir politique y a trouvé son compte ; le cerveau pensant qui est à l’origine de l’Empire (en 221 av. J.-C.) l’a utilisé, mais aussi certaines personnes visant le trône impérial ont essayé de s’en accaparer pour s’en servir. Il y a donc eu mutilation, ça ne fait aucun doute. En conséquent, du très bon et du dégueulasse se trouve à l’intérieur, parfois joyeusement mêlés.
    *
     Il convient de trier le bon grain de l’ivraie... d’exercer son jugement... Avis aux lecteurs courageux et laborieux, mais le jeu en vaut la chandelle smiley

     

     



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    Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 10 avril 2016 20:00


    Rien de vaut une petite histoire pour résumer tout ça... et pour fouetter les traînards !

    T’ien Ouvre-l’esprit alla trouver le duc Wei de Tcheau. Celui-ci demanda :

    - J’ai beaucoup entendu parler de Maître Invocateur-des-Reins ; or il m’est venu aux oreilles que vous avez étudiez sous sa férule. Qu’en avez-vous appris ?

    - Oh ! vous savez, dit Ouvre-l’esprit, je n’ai fait que manier le balai et tenir la cour propre. Qu’aurai-je pu apprendre ?

    - Allons, pas de faux-fuyants, dites-moi ce que vous en avez retenu.

    - Voilà ce que j’ai surpris de son enseignement. Le maître disait que le sage nourrit son principe vital comme le berger conduit son troupeau : il fouette les traînards. Il y avait au Lou, répondit Ouvre-l’esprit, un anachorète du nom de Chan le Léopard qui vivait réfugié dans une grotte à flanc de falaise, se sustentait d’eau claire et n’avait aucun commerce avec les hommes. À soixante-dix ans il conservait le teint d’un nouveau-né. Malheureusement, il trouva sur son chemin un tigre affamé qui le tua et le dévora. Il y avait aussi un certain Tchang Yi, homme plein de componction et de réserve, qui chaque fois qu’il passait devant une noble demeure pressait le pas en marque de déférence. Arrivé à l’âge de quarante ans, il contracta une fièvre et mourut. Léopard, obnubilé par l’hygiène interne, subit l’attaque extérieure d’un tigre, tandis que Tchang Yi qui accordait tant de soin au maintien extérieur fut miné de l’intérieur par la maladie. Aucun de ces deux hommes ne sut « fouetter les traînards ».

    On considère qu’une route est peu sûre lorsque de temps à autre un voyageur est égorgé par des brigands ; alors père et fils, aînées et cadets se mettent en garde et l’on s’y aventure qu’accompagnée d’une nombreuse escorte, faisant preuve ainsi de sagesse. Mais personne ne sait prendre garde au lit et à la table, dont pourtant on a le plus à redouter, n’est-ce pas là une grave erreur ? 

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