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Nora Inu Nora Inu 29 mars 2013 19:35

Sur le libre arbitre - Ce n’est pas Spinoza .

Chaque homme apporte en naissant, à des degrés d’ailleurs différents, non des idées et des sentiments innés comme le prétendent les idéalistes, mais la capacité à la fois matérielle et formelle de sentir, de penser, de parler et de vouloir. Il n’apporte avec lui que la faculté de former et de développer les idées, et comme je viens de le dire, une puissance d’activité toute formelle, sans aucun contenu. Qui lui donne son premier contenu ? La société. (Œuvres, I, 289-290, 71)

Chaque génération nouvelle trouve à son, berceau tout un monde d’idées, d’imaginations et de sentiments qu’elle reçoit comme un héritage des siècles passés. Ce monde ne se présente pas d’abord à l’homme nouvellement né sous sa forme idéale, comme système de représentations et d’idées, comme religion, comme doctrine ; l’enfant serait incapable de le recevoir ni de le concevoir sous cette forme ; mais il s’impose à lui comme un monde de faits incarné et réalisé tant dans les personnes que dans toutes les choses qui l’entourent, en parlant à ses sens par tout ce qu’il entend et ce qu’il voit dès le premier jour de sa vie. Car les idées et les représentations humaines, n’ayant été d’abord rien que les produits des faits réels, tant naturels que sociaux, dans ce sens qu’elles en ont été la réflexion ou la répercussion dans le cerveau humain et la reproduction pour ainsi dire idéale et plus ou moins judicieuse..… acquièrent plus tard, après qu’elles se sont bien établies….. dans la conscience collective d’une société quelconque, la puissance de devenir à leur tour des causes productives de faits nouveaux, non proprement naturels, mais sociaux. Elles finissent par modifier et par transformer, très lentement il est vrai, l’existence, les habitudes et les institutions humaines, en un mot tour. les rapports des hommes dans la société, et par leur incarnation dans les choses les plus journalières de la vie de chacun, elles deviennent sensibles, palpables pour tous, même pour les enfants. De sorte que chaque génération nouvelle s’en pénètre dès sa plus tendre enfance, et quand elle arrive à l’âge viril, où commence proprement le travail de sa propre pensée, nécessairement accompagné d’une critique nouvelle, elle trouve en elle-même aussi bien que dans la société qui l’entoure, tout un monde de pensées ou de représentations établies, qui lui servent de point de départ et lui donnent en quelque sorte la matière première ou l’étoffe pour son propre travail intellectuel et moral. (OEuvres, I, 291 à 293, 71)

Toutes ces idées qu’il trouve incarnées dans les choses et dans les hommes, en naissant, et qui s’impriment dans son propre esprit par l’éducation et par l’instruction qu’il reçoit, avant même qu’il ne soit arrivé à la connaissance de soi-même, il les retrouve plus tard consacrées, expliquées, commentées par les théories qui expriment la conscience universelle ou le préjugé collectif et par toutes les institutions religieuses, politiques et économiques de la société dont il fait partie. Et il en est tellement imprégné lui-même, que fut-il ou non personnellement intéressé à les défendre en est involontairement, par toutes ses habitudes matérielles, intellectuelles et morales, le complice.

Ce dont il faut s’étonner, ce n’est donc pas de l’action toute-puissante que ces idées, qui expriment la conscience collective de la société, exercent sur la masse des hommes ; mais bien au contraire, qu’il se trouve, dans cette masse, des individus qui ont la pensée, la volonté et le courage de les combattre. Car la pression de la société sur l’individu est immense. (OEuvres, I, 294-295, 7I)

 

L’homme ne crée pas la société, il y naît. Il n’y naît pas libre, mais enchaîné, produit d’un milieu social particulier créé par une longue série d’influences passées, de développements et de faits historiques. Il porte la marque de la région, du climat, du type ethnique, de la classe à laquelle il appartient, des conditions économiques et politiques de la vie sociale, et finalement, du lieu, de la ville ou village, de la maison, de la famille et du voisinage où il est né.

Tout cela détermine son caractère et sa nature, lui donne un langage défini, et lui impose, sans qu’il puisse y résister, un monde tout fait d’idées, de coutumes, de sentiments, de perspectives mentales, et le place, avant que sa conscience ne s’éveille, dans une relation rigoureusement déterminée de parenté avec le milieu social environnant. Il devient organiquement un membre d’une certaine société, enchaîné à elle intérieurement et extérieurement, pénétré jusqu’à la fin de ses jours de ses croyances, de ses préjugés, de ses passions et de ses coutumes. (Maximoff, 159, 70)

... la pression de la société sur l’individu est immense, et il n’y a point de caractère assez fort, ni d’intelligence assez puissante qui puissent se dire à l’abri des atteintes de cette influence aussi despotique qu’irrésistible.

 




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