Une cause bien plus complexe de l’effondrement aztèque est fonctionnelle,
et met en jeu l’ensemble du système idéologique, politique et économique de l’empire.
Pour comprendre la paralysie qui affecte la dynamique aztèque face
à l’élan des envahisseurs, il faut analyser les fondements du système : jusqu’ à
l’arrivée des Espagnols, le succès aztèque repose sur l’expansionnisme, les
armées de l’empereur ne cessent d’étendre l’aire d’intégration au pouvoir
central. Chaque province vaincue rachète sa liberté (linguistiques, religieuses
institutionnelles) par le paiement d’un tribut qui vient enrichir le trésor impérial, en échange de l’impôt,
les aztèques garantissent la protection des populations passées sous leur contrôle
politique.
Cette dynamique serait liée à une classe sociale émergente particulièrement
dynamique, les négociants, qui vient interférer dans le traditionnel partage
des responsabilités entre religieux et militaires. Ces nouveaux riches vont
accepter les perspectives d’association à la classe dirigeante aztèque et se
retrouver au centre du pouvoir.
Mais cette réussite a un revers : les aztèques sont lancés malgré eux dans une dynamique qui les dépasse,
elle les condamne à l’expansion car la prise en charge des territoires conquis
exige des dépenses, dépenses qui doivent être couvertes par de nouvelles
captures de richesses aux marges de l’empire.
Ainsi s’enchaine le processus de croissance du monde aztèque ;
le pouvoir repose sur le développement et sur
la capacité perpétuelle des mexicains à intégrer des populations
allogènes dans leur mouvement d’expansion.
Or voilà que se présentent aux portes de l’empire des hommes blancs,
sujet d’un lointain et puissant monarque. Cette fois l’envahisseur est hors d’atteinte,
du coup la machine se grippe et révèle son impuissance.
Derrière le calme apparent de la « pax azteca » se sont
manifesté des dissidences régionales et même des ferments de révolte dans les
régions soumises au tribut et ce sont ces sentiments sécessionnistes que Cortes
a utilisé pour lever ses armées indigènes
(avec beaucoup de difficultés il est vrai) et marcher victorieusement.
Brusquement le mouvement s’inverse : l’extérieur investit
l’intérieur, happé dans un mouvement d’aspiration, le monde aztèque périt
impuissant à phagocyter un ennemi venu d’ ailleurs et va se satelliser autour
de la couronne espagnole.