@ jean mouche
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L’ouvrage : " Les Oeuvres de Maître Tchouang " ou Tchouang-tseu ????
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La traduction est de Jean Lévi.
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C’est un bouquin qui a été écrit il y a 2300 ans, mais il a pas pris une ride.
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Au delà de ce nom barbare, il y a de quoi pérorer longuement... (lecture facultative pour ce qui suit)
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Historiquement "Tchouang" c’est un nom de famille de la noblesse de l’époque [période des Royaumes combattants env. 450-221 av. J.-C.]. Cette famille, si l’on se fit au recoupement des documents d’alors, a dû fuir sa province originaire, le royaume de Chu au sud de la Chine, pour se réfugier au royaume de Song,
pour cause de persécution politique. Le titre de l’ouvrage désigne ainsi
directement l’auteur présumé.
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Je vais vous donner des indications fantaisistes d’un point de vue historique, mais
avec les amis de la Voie, il y a toujours des couches à dévoiler. Les sinogrammes ont toujours plusieurs sens différents, voire parfois beaucoup, mais il faut les comprendre par leur aspect générique. Ils ne renvoient jamais à des idées abstraites mais indiquent des attitudes spécifiques, des données concrètes.
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Ainsi, "Tchouang" désigne la croisée de chemins (de la Voie aussi, dao ? = le sentier, le chemin). Il s’agit au demeurant de l’un des sens du sinogramme, dont je pense qu’il résume assez bien l’ensemble...
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Pour reprendre les deux sens principaux du caractère, cela désigne le hameau, le village, à la croisée des sentiers selon l’idée véhiculée, idéalement situé sur une montagne ; mais surtout, et avant tout (sens premier du caractère), une tenue grave, majestueuse, être digne et correct. Cela renvoie directement à une autre expression (weiyi) désignant la même chose, et qui résume en fait le comportement rituel : une attitude grave et attentionnée, autrement dit un comportement généreux, faisant montre de respect, d’estime de vénération — voire de dévotion — afin que l’individu puisse espérer exercer en retour une certaine force suggestive, pouvant amener son interlocuteur à infléchir naturellement son comportement. Mais cette expression est elle-même indissociable de celle, plus cardinale encore, de la notion vertu ou pouvoir naturel (de) qui renvoie à l’exercice de l’action juste, c’est-à-dire distributive : généreuse, dissuasive voire répressive, martiale. Il s’agit donc là d’une attitude à la croisée des chemins qui est suggérée... vous ne trouvez pas ? On croirait ainsi s’apprêter à lire un livre pompeux sur le rituel chinois or, et je vous laisse l’imaginer, cela va bien au-delà
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Personnellement je trouve cela assez comique, et surtout très fin, le fait d’avoir choisi ce titre (c’est la marque stylistique caractéristique de ses auteurs).
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Un petit mot sur le ? quand même... C’est un titre honorifique à l’époque, désignant le "maître", mais il renvoie historiquement à la manière dont était nommée tout le monde, à l’origine, sous la dynastie Shang [1570-1045 av. J.-C.] : "fils", et par extension "enfant". Tout le monde avait en effet un seul père, le roi. Après quand la société a commencée (ou plutôt continuée) à se scinder, cette appellation a pris le sens de "prince" etc.
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Je vous laisse faire la combinaison des deux caractères ? ? ? ...
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J’espère que le nom vous paraît maintenant moins obscur... en tout cas
c’était le but de ma démarche. C’est dur de tout résumer, ça ouvre des
tiroirs de partout !
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En ce qui concerne l’ouvrage, c’est une somme d’anecdotes, de fables, de coup de gueule, mais aussi (trouver l’intrus) de discours politique... regroupés sous la férule d’un maître, Tchouang-tseu, dont on ne sait, pour être honnête, presque rien. A-t-il seulement écrit ? Probable. Dans quelles proportions ? No idea. Il s’agit en réalité de plusieurs auteurs qui ont rédigé l’ouvrage, ceux-ci étant plus ou moins proches du Maître ou de ses idées. Tchouang-tseu est mis en scène dans l’ouvrage, mais assez peu au final : le héros, ou plutôt l’anti-héros du bouquin, c’est Confucius. L’oeuvre, bien que savamment organisée à l’origine, est aujourd’hui très disparate : des couches ont été rajoutées au fil des siècles, sur une période d’environ trois cents ans (et d’autres simplement effacées).
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Il faut bien se dire une chose, si le bouquin a été conservé et a traversé les siècles, c’est que le pouvoir politique y a trouvé son compte ; le cerveau pensant qui est à l’origine de l’Empire (en 221 av. J.-C.) l’a utilisé, mais aussi certaines personnes visant le trône impérial ont essayé de s’en accaparer pour s’en servir. Il y a donc eu mutilation, ça ne fait aucun doute. En conséquent, du très bon et du dégueulasse se trouve à l’intérieur, parfois joyeusement mêlés.
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Il convient de trier le bon grain de l’ivraie... d’exercer son jugement... Avis aux lecteurs courageux et laborieux, mais le jeu en vaut la chandelle 