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Le fou de T'chou Po-houen Wou-jen ???? 12 avril 2016 18:48

 @ jean-mouche
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  (désolé pour le pavé)

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 Sur l’interprétation que je tire des sinogrammes, c’est un exercice assez périlleux à vrai dire smiley Je joue un peu avec le feu à ce jeu, ce serait un peu comme faire de la langue des oiseaux (et encore, je n’ai pas touché aux composantes du caractère), ce n’est pas très sérieux ! Toutefois, la langue chinoise semble vraiment bien ce prêter à ce genre de jeu, pourvu qu’on ait quelques cadres solides pour ne pas partir dans tous les sens non plus. Si chaque caractère peut avoir une grande polysémie de sens, son sens correct est en réalité donné par formalisme : il n’y a donc pas strictement "d’incommunicabilité" (mais je vais bientôt vous donner raison...). Sur le formalisme c’est vrai en général pour le chinois d’aujourd’hui, mais ça l’est d’autant plus avec la langue classique chinoise (la forme écrit du chinois qui était utilisée jusqu’à l’orée du XX siècle). C’est par l’agencement des caractères dans une phrase que leurs sens particulier peut être donné. D’un point de vue historique, le travail des exégètes a en grande partie consisté à donner le sens précis des caractères des textes anciens...
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 Un aspect très important qu’ont eut à cœur les politiciens depuis l’antiquité a été la rectification des noms (? ?) pour que chaque désignation soit conforme aux réalités. Il faut classifier, ranger chaque chose dans une case précise. Le Tchouang tseu contient des vues très profondes sur le problème du langage (qui est étroitement corrélé à la problématique de la connaissance). Il fait exploser les cadres conceptuels de l’époque et montre que le langage est avant tout une construction humaine bien peu fiable... Il pointe le fait, en outre, qu’il y a toujours du non débattu dans les débats, des "sentiments" comme vous le dites qui ne sont pas, ou ne peuvent être exprimés verbalement. C’est la joute au plus beau parleur, en résumé c’est du n’importe quoi. C’est tout un sujet en soi, mais généralement on dit du Tchouang tseu que pour lui "tout langage est impossible", en gros qu’il casse tout au bulldozer et point barre (il critique, et c’est tout). C’est tout à fait faux. Il a une conception bien précise du langage, et c’est à travers l’application de celle-ci qu’il conçoit (pour moi)... une manière de sauver avant tout, non pas le monde — qui est de toute façon voué à se barrer en couille, — mais la Vie.
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 Ça paraît bête... voire très paradoxale au regard du fait qu’il prône ouvertement, et par diverses manières, l’enseignement par la non-parole.
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    Passons ! 
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  Quelles autres sens pourraient avoir cette expression que j’ai adoré : "fouetter les trainards" ?
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 Ce n’est pas une expression très poétique...

 ???? . Le bian c’est le fouet chinois en ferraille avec plein de maillon, je sais pas si vous voyez mais ça pourrait être l’équivalent de l’instrument royal du sadomasochiste averti ! D’un point de vue strict, ça peut vouloir dire "fouetter les descendants". Si c’est pris à la lettre ce n’est pas très recommandable (fouetter les enfants). Perso, ça me fait penser à la dernière phrase de la nouvelle Le journal d’un fou de Luxun (un écrivain du début XX, le titre est en référence à la nouvelle de Gogol) : ??????" Sauvez les enfants ". Cette phrase est juste magique. Si vous ne connaissez pas cette nouvelle je vous invite vivement à la lire, ça fait vingt pages, ça doit être mon texte préféré (je dois avouer que j’ai une culture littéraire très pauvre). C’est l’histoire d’un fou, qui croit à tort que ses semblables qui, sous couvert de valeurs d’humanité (ren ?) et de justice (yi ?), pratiquent le cannibalisme. Bref... Je vous laisse imaginer l’histoire, qui n’est pas très gaie. Au demeurant, "fouetter la postérité", compris dans le sens du fait que ce soit eux, les "jeunes" (à commencer par les plus petits), qui demandent une attention particulière, me semble très signifiante... Ça ressemble aussi à n’en pas douter à la démarche du Tchouang tseu, qui continue à nous fouetter l’esprit deux mille ans après. 
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     C’était une question plutôt pertinente... merci de m’avoir obligé à regarder le texte de plus près smiley 

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  Sur les problèmes de communication, vous avez tout à fait compris l’application concrète de ce que j’ai voulu esquisser par la théorie ! smiley Ça peut bien sûr dépendre de beaucoup de variables comme... le problème de ton si vous parliez chinois lors de vos pérégrinations, la musique occupant un rôle premier dans ces cultures... mais bien plutôt, que vous parliez anglais ou un chinois impeccable, à un fait culturel. Le plus évident est celui ci : chez nous, on communique, on s’affirme par la confrontation. C’est par la collision de deux silex que la flamme peut sortir. La prise de bec dans l’idéal est féconde, c’est comme ça qu’on peut repartir sur des bases saines. Chez eux, c’est l’implicite ?? qui domine, la réserve, en laissant suggérer, deviner par touches subtiles... (C’est ici que ça recoupe ce que j’ai dit dans le post précédent ... ) C’est par un frottement de deux bouts de bois appliqué à un endroit précis ayant, en apparence, aucun effet, qu’une chaleur puis un embrasement se forme dans la zone que l’on souhaite modifier chez l’interlocuteur.
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 Ça ressemble à s’y méprendre à la technique de la divination....... qui cherchait au néolithique à deviner l’action des esprits de la nature.
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   Si je mentionne cette différence confrontation/serpenter par allusion, c’est pour souligner que les deux modes de communication existent dans l’absolu en Orient comme en Occident, mais chacun a donné une certaine tendance, subtile mais s’appliquant à tous les niveaux, finissant donc par modifier sensiblement le schéma initial. Le plus souvent en effet, ces différences culturelles sont rendues manifestes par des automatismes, des tics de langage dont nous ne faisons guère attention au quotidien.
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    Je rejoints parfaitement P. Burensteinas lorsque celui-ci dit que l’on comprendra toujours mieux la Voie à travers sa propre culture, que ça ne sert à rien d’aller la chercher à l’autre bout du monde (le Laozi dit la même chose sur le voyage) — le but est le même, faire du feu. Le fait toutefois d’arriver à définir deux points d’ancrages de part et d’autre du continent, et d’arriver à y jeter un pont peut s’avérer, en étant un peu optimiste, très enrichissant. Et au demeurant, essayer de redonner au subconscient, profondeurs de notre propre culture plus de consistance...



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