Une question se pose : comment, face à la réalité décrite ci-dessous, peut-on encore continuer de parler de bonheur et de joie ? La réponse est simple : en la niant. On peut toujours se rassurer en nuançant tout, en affirmant qu’au fond, la réalité n’existe pas en dehors de la représentation mentale que l’on s’en fait... mais ça ne change rien à ce qu’elle est : La réalité c’est que nous allons tout droit vers une grande période de souffrance, précédent peut-être même une extinction et a minima la mort plus ou moins brutale d’une grande partie de l’humanité. Toi qui me lis (ou pas), tu vas mourir mais pas comme tu l’espères, à savoir dans ton lit entouré de tes petits enfants : non, tu vas mourir irradié, intoxiqué, atteint d’une maladie contagieuse, de soif, de faim, noyé par une inondation ou d’un coup de pioche te fendant le crane en deux. Et tu verras sans doute toute ta famille mourir sous tes yeux. Je ne sais plus qui disais qu’en 1930 il y avait deux types de juifs, les pessimistes et les optimistes : les pessimistes ont fini à Hollyvvood, les optimistes à Auschvvitz. Mais on peut étendre cela à toute l’humanité.
C’est une pure question de mathématiques : dans les années 70 et grâce aux premiers ordi des chercheurs ont modélisé le système monde. Ils ont pris l’état des ressources (énergétique, hydraulique, alimentaire, etc.) et ont simplement calculé pour combien de temps on en avait. Affolés par l’imminence d’un effondrement que révélait la simulation, ils ont désespérément tenté de jouer avec tous les paramètres (par exemple doubler les rendements agricoles) mais à chaque fois qu’ils le faisaient, le résultat était que la courbe d’espérance de vie de l’humanité plongeait inlassablement et de manière brutale. Le seul cas où la simulation ne donnait pas ce résultat était celui où ils jouaient sur tous les facteurs en même temps.
La conclusion d’un Pablo
Servigne et de bien d’autres est sans appel : le monde industriel (et tout court peut-être) tel qu’on le connait va mourir. La bonne nouvelle dans tout ça est que de nombreuses études de psychologie démontrent que face à une situation de chaos, l’état d’hébétude de cette situation fait que le comportement humain est en priorité d’aller vers l’entraide. C’est aussi ce que révèle le travail de recueil des témoignages des gens qui ont vécu des événements soudains (comme l’ouragan Katrina). On retient généralement les scènes de chaos, de pillages, etc. mais c’est aussi parce qu’elles sont plus spectaculaires que la solidarité mais en réalité ce n’est pas le comportement majoritaire. C’est typiquement ce qui se passe quand on est dans un train qui s’arrête sans aucune explication en rase campagne : là, des gens qui ne se calculaient absolument pas abandonnent soudainement ce repli sur soi. D’un coup, ils se mettent à échanger des mots, des regards.
Tout ce que l’on peut dire, c’est que cet effondrement produira des phénomènes sans précédent : des mouvements de populations gigantesques, certainement des conflits armés entre certaines puissances (Inde et Pakistan par exemple et qui sont deux puissances nucléaires) avec des répercussions inédites à l’échelle mondiale et bcp de violence dans les villes où la compétition pour la survie sera fatale pour les plus faibles et les moins déterminés. Le Français et l’occidental qui est majoritairement un urbain déraciné a une résilience en carton en comparaison de celle de d’autres peuples (Japonnais par exemple). Une simple opération promo sur du Nutella provoque déjà des émeutes, alors pas besoin d’être devin pour imaginer ce qui se passera quand les magasins seront vides : qq jours ou heures suffiront pour que des gens normaux (c’est à dire des gens qui ne supportent déjà pas la moindre contrariété) se transforment en prédateurs sans pitié.
La réalité ne triche pas : la réalité c’est l’atteinte des pics. Cette réalité est en trompe l’œil - on est tenté de se dire "oh bah il en reste encore la moitié, ce n’est pas si grave..." alors qu’en réalité celle-ci ne pourra pas être extraite - mais pour la plupart des ressources ce pic est soit déjà atteint, soit le sera d’ici très peu (2030 pour le phosphore indispensable pour l’agriculture actuelle). En 1900, pour 1 baril dépensé on pouvait en extraire 100. En 1970, on passe à 30 pour 1. On est plus qu’à 12 pour 1 avant même la fin du 20e et certainement encore moins. Les experts estiment tous qu’en dessous de 20 pour 1, la situation n’est plus tenable et en-dessous de 10, c’est l’effondrement assuré. On y est déjà et ce chaos est déjà une réalité pour une bonne partie de l’humanité : la différence est le risque tout ce qui a de plus réel d’extinction.
Alors, évidemment, dans un tel contexte parler de philo du bonheur peut sembler dérisoire et assez typique d’une société occidentale qui refuse d’envisager l’évidence. La Fontaine disait qu’en toutes choses il faut envisager la fin... mais le retour d’expérience d’un Servigne démontre bien que c’est très loin d’être le cas : il explique que dans ces conférences, il a très souvent des réactions émotionnelles fortes dans son public - crises de larmes, colère, etc. - bien qu’il prenne bcp de précautions pour annoncer la mauvaise nouvelle.
Mais si on veut voir les choses positivement on peut aussi se dire que le feu a des vertus et que les éventuels survivants repartiront peut-être sur des bases saines.