@yoananda2
« Que penses tu de cette
définition ? »
------> Pour que tu me comprennes
bien, avant de répondre, je précise que j’ai un problème avec les raisonnements
trop essentialisant qui font des idéologies des entités qui existent
indépendamment des individus car je constate qu’ils sont très souvent aveugles
aux situations telles qu’elles se manifestent dans les pratiques sociales, je trouve
qu’il y’a là quelque chose qui relève de la réification et même de la pensée magique. Peut-être
que c’est la bonne approche et qu’il y’a réellement quelque chose de magique dans
tout ça, mais peut-être pas, je n’en sais rien et c’est justement là le
problème, je ne peux rien en dire, il faut juste y croire ou en avoir l’intuition,
et précisément moi je n’ai pas cette intuition et je suis justement agnostique vis-à-vis
de cette magie, rien de concret ne m’incite à y croire.
Dans l’analyse du fait idéologique, je
préfère une approche plus pragmatique (même s’ il est impossible dans l’absolu de parler
de façon non idéologique des idéologies) qui consiste, non pas à présupposer que
ces idéologies existent en elles-mêmes mais à partir de l’examen empirique et
factuel des prétentions ( donc l’étude des textes et des discours), des
intentions ( le décryptage des stratégies et tactiques) et des manifestations
sociales ( donc l’étude des pratiques et de leurs effets attendus ou non sur la
société) des individus qui se réclament d’une idéologie et prétendent agir en
son nom, pour en induire une définition. Et le hic, c’est qu’on constate de
cette manière que, non seulement ce qu’on tire de la triade « Prétentions -Intentions-Manifestations »
ne se superpose pas mais qu’en plus les individus en question ont eux-mêmes des
conceptions différentes et parfois antagonistes de l’idéologie dont ils se
réclament. C’est pourquoi, je rejette aussi le monisme idéologique qui consiste
à faire des idéologies des entités uniques et figées éternellement car ce n’est
pas ce que j’observe, je constate que ces idéologies prennent des formes
différentes suivant les contextes. A partir de cette diversité de conception, si
on veut rester pragmatique, il ne s’agit pas se lancer dans une démarche normative
qui consiste à déterminer une liste de ce que seraient les carractéristiques
essentielles d’une idéologie et de rejeter en dehors tout ce qui n’y correspond
pas, il s’agit plutôt d’avoir une démarche analytico-descriptive en produisant
sur une base probabiliste une liste des caractéristiques qui sont le plus
fréquemment respecté par les acteurs se revendiquant d’une idéologie.
De là, pour te répondre, oui, le
critère que tu as donné, càd faire passer le collectif avant l’individu, on le retrouve
très fréquemment et avec beaucoup d’intensité dans les prétentions des
idéologues fascistes. Seulement, cela ne suffit pas à définir le fascisme puisque
cette prétention, on la retrouve aussi dans d’autres courants idéologiques avec
au moins autant d’intensité.
En tous cas, la caractéristique que l’on
rejette généralement dans le fascisme, c’est le racisme ( qui est aussi très présent
dans les mouvements fascistes, y compris dans le fascisme italien contrairement
à ce que beaucoup pensent) s’articulant sur le mythe ( dans le sens
anthropologique du terme, c’est-à-dire les croyances générales qui impriment
une orientation aux idées ) d’une communauté nationale mutilée, menacée,
submergée voire colonisée par des populations qui seraient étrangères à son essence
profonde et qui pousse le fantasme de l’homogénéité idéologique et de la
supériorité raciale jusqu’à ses conséquences les plus criminelles ( épurations
internes et expansions externes).