C’est la méthode sociologique qui se veut être une méthode scientifique. Qu’il y ait une différence fondamentale entre les sciences dites humaines et les sciences dites "dures", ou "exactes", je vous l’accorde.
M’enfin effectivement si pour vous la politisation est un but en soi, ce qui implique la critique des agents plutot que l’analyse systémique, pourquoi pas, et cela justifie en effet d’attaquer Bourdieu en tant qu’agent de cette science qui ne cherche pas spécialement à défaire ce qu’elle observe.
Ceci étant dit, vous ne pouvez pas nier (je crois même que c’est en filigrane ce que vous dites) qu’il existe dans cette société une grande force d’inertie, qui est précisément induite par la machine. Donc vous dites d’un côté qu’il faut s’attaquer aux agents de cette "machine", quand Bourdieu se contente, de son côté, de décrire cette machine.
Moi je crois que c’est important de la décrire, pour réaliser la force d’inertie qu’elle impose, et tout ce que ça implique, au niveau des agents. Il est facile de dire qu’il faut s’attaquer aux agents (les sionistes, les capitalistes-mondialistes ou les journalistes langue-de-bois) sans comprendre en quoi ils sont prisonniers de mécanismes. Mais là on est dans le militantisme, plus dans la sociologie... Pourquoi pas, mais reprocher aux sociologues de ne pas être dans le militantisme est pour moi un abus. C’est quelque part un déni de ce qu’on veut combattre. Si l’on veut combattre le système mécanique, il faut oser dire que la méthode des sciences humaines fait partie de l’inertie du système, en tant que science.
Si l’on prend par exemple la psychologie dans tout ce qu’elle englobe (psychanalyse, soins aux personnes inadaptées) il y a en elle un biais énorme qui participe à l’inertie de la machine (ce serait long à développer). Bourdieu le dit-il ? Un autre sociologue le dit-il ? Je n’en sais rien et à vrai dire je m’en fiche, je n’ai pour ma part pas besoin de soit tirer sur l’ambulance Bourdieu, ni de le prendre comme modèle de critique institutionnelle. Ce qu’il dit est intéressant, il fournit une carte partielle du système. Cela me suffit. Qu’il n’aille pas assez loin, peut-être, mais ce n’est pas son rôle. Chaque "agent" profite du système... Nous sommes donc au coeur de ce que vous dites, et en cela je vous rejoins. Mais à ce moment là, disons le tout net, Bourdieu n’est ni une exception, ni le pire. On peut à la rigueur lui reprocher de borner le débat...
Mais à cette inertie, tout le monde participe, et en effet surtout les scientifiques, psychologues et autres analystes... Ceci étant, je vais aller plus loin que vous. Je pense que tout le monde, et pas seulement ces gens-là, entretient le système. Il ne s’agit pas simplement de regarder ou ne pas regarder la télé. Le simple fait d’exister dans ce système, de payer et d’être payé pour y vivre, l’entretient... L’inertie dépasse donc de très loin le cadre de quelques scientifiques frileux...
Les médias ne sont que l’un des piliers de l’inertie du système. L’argent en est un autre, qui permet la corruption aux plus hauts niveaux de l’état jusqu’au plus bas niveau des couches populaires, puisque nous en dépendons tous.
Vous direz que je m’égare dans une critique radicale, mais tant qu’à critiquer la machine, autant le faire dans son ensemble, alors, et ne pas tomber dans les biais politiques, qui font tout autant partie, et d’une manière encore plus pernicieuse, de cette inertie, car s’impliquer dans la politique donne l’illusion d’exercer une force contre le système, alors même qu’on y participe...
Il n’y a qu’à voir la manière dont est médiatiquement discrédité le parti antisioniste des Dieudonné-Soral, avec lequel je ne suis d’ailleurs pas fondamentalement en désaccord, mais je pense qu’il y a dans ce parti une faiblesse majeure : il ne se préoccupe QUE du sionisme comme si les sionistes étaient le coeur de tous les problèmes de la terre, quand on voit bien que ce n’est qu’un rouage du capitalisme globalisant à la sauce néo-cons. Je crains qu’on n’aille pas très loin avec ça... et même qu’à la limite, avec cette contestation plutôt faiblarde dans les moyens et les arguments, on ne finisse par enterrer cette cause un peu plus profondément, ce qui au final fera le jeu de "la machine" américano-libéralo-sionisto-jenesaispasquoi.
En vérité, je crois que la véritable critique profonde du capitalisme ancré dans une civilisation fortement ancrée autour d’un axe politico-médiatique n’existe pas aujourd’hui, de toute façon. Elle reste donc à inventer... Et là, comme je le dis depuis mon autre post, c’est à chacun de nous de l’inventer et de l’appliquer. Bourdieu et Soral (ou encore Foucault, par exemple) ne peuvent pas être les étendards de ces luttes, car ils sont tout autant l’un que l’autre des produits du système. Mais ne le sommes-nous pas tous ?
Nous n’avons pas besoin de héros, ni de leader. Nous avons seulement besoin de nous construire une pensée critique efficace et de finir par proposer autre chose. Et pour moi quoiqu’on puisse en dire, Bourdieu y participe. Même si on peut lui reprocher de s’être cantonné dans sa démarche scientifique.
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