@ ffi :
Le travail, c’est contribuer à faire quelque chose
d’utile pour soi-même ou pour la société ; disons que c’est l’acte de
produire quelque chose. L’emploi, c’est un travail contre rémunération
avec toutes les règles ou contraintes sociales, hiérarchiques, etc. que
cela implique dans le monde moderne ; c’est une conception du travail
basée sur ces contraintes sous peine d’exclusion sociale donc de mort
(virtuellement et à l’extrême dans la mesure où sans travail, pas de
revenus et sans revenus, pas de subsistance).
Le postulat de
base des apôtres du revenu universel, c’est en général ce constat qu’il
n’y a simplement plus assez de travail pour tout le monde. Entre la
crise, le fait qu’on soit dans ce que j’appelle (peut-être à tort) "fin
de cycle économique" (= contrairement à l’après-guerre où les besoins en
main-d’œuvre sont plus importants, aujourd’hui ils sont moindres),
l’industrialisation qui tend à remplacer l’homme par la machine, etc. —
tout cela nous donne du chômage qui grimpe sans cesse et prive
injustement (= contre leur gré) des humains d’emploi donc des moyens de
subsistance que ce rapport traditionnel au travail leur permettait.
L’idée
du revenu de base tel que je le comprends, c’est que dans la mesure où
l’emploi ne joue plus son rôle ni de moteur économique, ni surtout de
subsistance, nous avons besoin de mettre en place un nouveau système
pour à la fois relancer l’économie (consommation) et surtout, vu qu’on
est tous un peu frères quand même, faire en sorte que personne ne soit
contraint à la rue et à la faim (pour schématiser). C’est pas seulement
de l’altruisme mais ça participe aussi de ce constat que les gens ne
meurent pas dans le silence, surtout quand ils sont (et ils le
deviennent) nombreux : la lutte des classes s’intensifie et la colère
gronde. Les jeux ne suffisent plus à noyer l’absence de pain, et sauf à
pallier cette absence, ça va péter très fort et pour tout le monde.
Le
revenu de base se présente donc comme un moyen d’apaiser ces tensions
en assurant à chacun le minimum pour vivre, sans qu’il soit pour cela
nécessaire de mendier des "emplois" qui n’existent plus en quantité
suffisante pour tout le monde de toute façon. Il part aussi de l’idée
que supprimer l’emploi libèrerait au contraire le potentiel de "travail"
libre et volontaire des gens qui en sont privés, parce que l’oisiveté
justement n’est pas une inclination naturelle de l’homme dont l’instinct
est fondamentalement créateur. Pour exemple actuellement, le bénévolat
se développe notamment dans les tranches d’âge supérieures = retraités
qui souvent sont plus actifs qu’ils ne l’étaient en tant qu’employés.
Divers sondages ont aussi montré que la plupart des gens entendraient
plutôt soit garder leur emploi (pour ceux qui en ont), soit encore faire
autre chose, reprendre des études, etc. si le revenu de base était
implémenté. La proportion de gens qui expriment l’intention d’en
profiter pour ne plus rien faire serait minimale d’après les divers
sondages que j’ai vu passer.
Pour résumer sur un truc que vous
comprendrez, je pense : étant chômeur, je suis contraint de passer mon
temps à chercher du travail qu’on me refuse. L’absence de postes en
quantité suffisante me force à diversifier mes recherches vers des
domaines autres que le mien, alors que dans ces mêmes domaines, des
personnes qualifiées sont aussi et tout comme moi sur le carreau. S’il
m’était permis de survivre sans avoir à justifier de ces recherches (=
faire des lettres à la chaîne pour trace écrite, le plus souvent sans
que personne ne daigne y répondre), je pourrais mettre à profit les
compétences qui sont les miennes pour produire un vrai "travail" plus
utile socialement que ces recherches. Je pourrais même oser lancer ma
propre activité, libéré des contraintes et de la peur de faire faillite
en me ruinant complètement et pour toujours. En clair : un revenu de
base me libérerait de ces chaînes qui m’entravent et me contraignent à
de vaines recherches inutiles au profit d’un "travail" qui, sans être un
"emploi" à proprement parler, serait tout de même plus utile que ces
recherches.
Après l’on peut imaginer toutes sortes de
dispositifs pour que le travail socialement vital soit effectué. Par
l’incitation en donnant à ceux qui bossent un salaire supérieur au
revenu de base, ou pourquoi pas par l’obligation — si nécessaire — en
demandant aux gens de contribuer à telle ou telle tâche pour laquelle
nous manquerions de main-d’œuvre "spontanée" — bref on peut imaginer
plein de choses autres que l’emploi tel qu’on le conçoit depuis
l’après-guerre. Chouard exprime aussi cette idée que je trouve chouette
selon laquelle les tâches dites "ingrates" (qui en fait le sont surtout
par le jeu des contraintes : la caissière ou l’éboueur sont perçus comme
des échecs n’ayant pas eu d’autre choix, mais détestent-ils
nécessairement ce qu’ils font ? Il n’y a pas de sot métier mais de sots
observateurs...) pourraient être effectuées à tour de rôle si personne
n’en veut : je prends mon tour de ramassage d’ordures pendant six mois,
après ce sera à vous ou à quelqu’un d’autre de le faire. Le turnover
serait d’ailleurs d’autant plus simple à mettre en place que ce sont des
métiers, généralement, requérant un faible niveau de qualification.
C’est pour ça d’ailleurs qu’on "punit" les gens pas très scolaires en
les leur collant.
J’ai l’impression que mon message est assez
brouillon, mais je pense qu’il n’est ni "excessif" ni tout à fait naïf.
Partons juste du principe que ça ne fonctionne plus, qu’il faut autre
chose et imaginons la suite ! Le changement fait toujours peur mais il
est nécessaire. N’oubliez pas non plus que le seul moyen de maintenir
"ce" système obsolète (= l’emploi) en vie impliquerait de tout casser
pour reconstruire, et que les médias appartiennent pour la plupart soit à
des financiers, soit à des marchands de béton et/ou de canons. Je pense
qu’il serait bien pour une fois d’évoluer ("évolution" et non
"révolution" qui ne signifie jamais que "revenir au point de départ") et
d’éviter le bain de sang. Nous sommes au moment critique où il faut
choisir : changer ou recommencer, dans l’inédit ou dans la douleur.
J’espère que nous prendrons la première solution (mais je suis assez
pessimiste, sincèrement).
Bon courage et bonne chance à vous pour vos recherches.
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