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lloyd henreid (---.---.106.134) 14 juillet 2013 13:32
lloyd henreid

@ ffi :
 
Le travail, c’est contribuer à faire quelque chose d’utile pour soi-même ou pour la société ; disons que c’est l’acte de produire quelque chose. L’emploi, c’est un travail contre rémunération avec toutes les règles ou contraintes sociales, hiérarchiques, etc. que cela implique dans le monde moderne ; c’est une conception du travail basée sur ces contraintes sous peine d’exclusion sociale donc de mort (virtuellement et à l’extrême dans la mesure où sans travail, pas de revenus et sans revenus, pas de subsistance).
 
Le postulat de base des apôtres du revenu universel, c’est en général ce constat qu’il n’y a simplement plus assez de travail pour tout le monde. Entre la crise, le fait qu’on soit dans ce que j’appelle (peut-être à tort) "fin de cycle économique" (= contrairement à l’après-guerre où les besoins en main-d’œuvre sont plus importants, aujourd’hui ils sont moindres), l’industrialisation qui tend à remplacer l’homme par la machine, etc. — tout cela nous donne du chômage qui grimpe sans cesse et prive injustement (= contre leur gré) des humains d’emploi donc des moyens de subsistance que ce rapport traditionnel au travail leur permettait.
 
L’idée du revenu de base tel que je le comprends, c’est que dans la mesure où l’emploi ne joue plus son rôle ni de moteur économique, ni surtout de subsistance, nous avons besoin de mettre en place un nouveau système pour à la fois relancer l’économie (consommation) et surtout, vu qu’on est tous un peu frères quand même, faire en sorte que personne ne soit contraint à la rue et à la faim (pour schématiser). C’est pas seulement de l’altruisme mais ça participe aussi de ce constat que les gens ne meurent pas dans le silence, surtout quand ils sont (et ils le deviennent) nombreux : la lutte des classes s’intensifie et la colère gronde. Les jeux ne suffisent plus à noyer l’absence de pain, et sauf à pallier cette absence, ça va péter très fort et pour tout le monde.
 
Le revenu de base se présente donc comme un moyen d’apaiser ces tensions en assurant à chacun le minimum pour vivre, sans qu’il soit pour cela nécessaire de mendier des "emplois" qui n’existent plus en quantité suffisante pour tout le monde de toute façon. Il part aussi de l’idée que supprimer l’emploi libèrerait au contraire le potentiel de "travail" libre et volontaire des gens qui en sont privés, parce que l’oisiveté justement n’est pas une inclination naturelle de l’homme dont l’instinct est fondamentalement créateur. Pour exemple actuellement, le bénévolat se développe notamment dans les tranches d’âge supérieures = retraités qui souvent sont plus actifs qu’ils ne l’étaient en tant qu’employés. Divers sondages ont aussi montré que la plupart des gens entendraient plutôt soit garder leur emploi (pour ceux qui en ont), soit encore faire autre chose, reprendre des études, etc. si le revenu de base était implémenté. La proportion de gens qui expriment l’intention d’en profiter pour ne plus rien faire serait minimale d’après les divers sondages que j’ai vu passer.
 
Pour résumer sur un truc que vous comprendrez, je pense : étant chômeur, je suis contraint de passer mon temps à chercher du travail qu’on me refuse. L’absence de postes en quantité suffisante me force à diversifier mes recherches vers des domaines autres que le mien, alors que dans ces mêmes domaines, des personnes qualifiées sont aussi et tout comme moi sur le carreau. S’il m’était permis de survivre sans avoir à justifier de ces recherches (= faire des lettres à la chaîne pour trace écrite, le plus souvent sans que personne ne daigne y répondre), je pourrais mettre à profit les compétences qui sont les miennes pour produire un vrai "travail" plus utile socialement que ces recherches. Je pourrais même oser lancer ma propre activité, libéré des contraintes et de la peur de faire faillite en me ruinant complètement et pour toujours. En clair : un revenu de base me libérerait de ces chaînes qui m’entravent et me contraignent à de vaines recherches inutiles au profit d’un "travail" qui, sans être un "emploi" à proprement parler, serait tout de même plus utile que ces recherches.
 
Après l’on peut imaginer toutes sortes de dispositifs pour que le travail socialement vital soit effectué. Par l’incitation en donnant à ceux qui bossent un salaire supérieur au revenu de base, ou pourquoi pas par l’obligation — si nécessaire — en demandant aux gens de contribuer à telle ou telle tâche pour laquelle nous manquerions de main-d’œuvre "spontanée" — bref on peut imaginer plein de choses autres que l’emploi tel qu’on le conçoit depuis l’après-guerre. Chouard exprime aussi cette idée que je trouve chouette selon laquelle les tâches dites "ingrates" (qui en fait le sont surtout par le jeu des contraintes : la caissière ou l’éboueur sont perçus comme des échecs n’ayant pas eu d’autre choix, mais détestent-ils nécessairement ce qu’ils font ? Il n’y a pas de sot métier mais de sots observateurs...) pourraient être effectuées à tour de rôle si personne n’en veut : je prends mon tour de ramassage d’ordures pendant six mois, après ce sera à vous ou à quelqu’un d’autre de le faire. Le turnover serait d’ailleurs d’autant plus simple à mettre en place que ce sont des métiers, généralement, requérant un faible niveau de qualification. C’est pour ça d’ailleurs qu’on "punit" les gens pas très scolaires en les leur collant.
 
J’ai l’impression que mon message est assez brouillon, mais je pense qu’il n’est ni "excessif" ni tout à fait naïf. Partons juste du principe que ça ne fonctionne plus, qu’il faut autre chose et imaginons la suite ! Le changement fait toujours peur mais il est nécessaire. N’oubliez pas non plus que le seul moyen de maintenir "ce" système obsolète (= l’emploi) en vie impliquerait de tout casser pour reconstruire, et que les médias appartiennent pour la plupart soit à des financiers, soit à des marchands de béton et/ou de canons. Je pense qu’il serait bien pour une fois d’évoluer ("évolution" et non "révolution" qui ne signifie jamais que "revenir au point de départ") et d’éviter le bain de sang. Nous sommes au moment critique où il faut choisir : changer ou recommencer, dans l’inédit ou dans la douleur. J’espère que nous prendrons la première solution (mais je suis assez pessimiste, sincèrement).
 
Bon courage et bonne chance à vous pour vos recherches.




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