Merci pour ces réponses intéressantes, Éric :) et je reviens brièvement sur micnet :
« ---> Il est bien évident qu’il ne s’agit pas
d’attendre d’avoir des morts pour se poser les bonnes questions. Or
justement, il me paraît évident qu’une privatisation de la SNCF, même en
situation monopolistique, obligerait le nouvel actionnaire à ENCORE
PLUS de précautions à mettre en place, d’autant que ce dernier serait
regardé ’à la loupe’ à cause de cette nouvelle situation. Par ailleurs,
même en situation de monopole, si un drame venait à survenir cela aurait
forcément un impact non négligeable sur la fréquentation du transport
ferroviaire, du moins sur le court terme (tout le monde n’étant pas
obligé de prendre ce type de transport) et du coup, la situation
financière s’en ressentirait d’autant plus que ce n’est pas l’état qui
viendrait au secours de ce nouvel actionnaire... »
C’est
vous cette fois qui faites de l’idéologie ! Il ne me paraît à moi pas
évident DU TOUT (pour les raisons que j’ai déjà expliquées) que cela
oblige à "encore plus de précautions" — et pour ce qui est de l’impact
financier, j’entends bien, mais comme disait Éric :
« lorsque la qualité des téléphones portables d’une certaine marque se
dégrade, les clients vont effectivement voir ailleurs, libre à cette
marque de redorer son image par la suite. Mais si cela concerne un train
sur des rails, la perte de qualité se fait directement ressentir par un
accident possible, d’où des morts, et nous sommes tous d’accord pour
dire qu’il n’est pas envisageable d’attendre l’advenue de ce genre de
choses comme pierre de touche de la qualité ! »
Je voudrais
aussi remarquer que dans la source unique, partisane, et dépourvue de
liens externes d’Enquêtes & Débats, le taux "formidablement faible"
d’accidents pour l’année 2007 — et seulement celle-ci, je vous le
rappelle — en Grande-Bretagne est attribuée, avec culot, à la mauvaise
gestion publique du réseau avant 1993 càd 14 ans plus tôt. C’est pas
vraiment le meilleur exemple pour me convaincre que des opérateurs
privés tendraient à assumer plus directement leurs fautes que ne le fait
actuellement la SNCF !
« Je veux dire par la que l’on ne peut pas éternellement excuser le
manque totale de qualité des services délivrés par la SNCF en nous
faisant miroiter l’enfer libéral anglo-saxon !!! Et si les moyens
financiers ne sont pas étrangers à la résolution d’un tel problème, il
me semble obscène, de nos jours, de demander ces moyens à l’État qui
croule chaque jour davantage ! »
Tout à fait ! Mais
le fait que la SNCF subisse des difficultés ne doit pas non plus nous
forcer à courir dans les bras de cet enfer anglo-saxon que Wesson nous
rappelait. Par ailleurs je pense que vous savez comme moi pourquoi
l’État "croule chaque jour davantage", bizarrement c’était pas le cas,
ou pas aussi gravement, avant que l’Europe ne se charge de libéraliser
tout ça (à commencer par les banques et leurs "intérêts" qui ne sont pas
les nôtres). C’est pas parce que les représentants de l’État baissent
constamment leur froc que c’est normal et que, comme disait Thatcher,
"il n’y a pas d’alternative" : l’alternative c’est aussi de dire "stop"
quand le privé se met en tête de toucher à ce que l’on considère comme
"service public", "bien commun", ou "intérêt général". Marrant comme
pendant que l’État ou plutôt "les" états se portent mal, les
milliardaires, eux, se portent bien et sont de plus en plus nombreux !
Et ce sont rarement des fonctionnaires qui "profitent du système" avec
leurs retraites à 1000€ par mois.
« Il faudrait choisir : soit la sécurité de l’emploi à vie, soit le droit de faire grève.
Or, on constate que les gens le plus souvent en grève sont précisément
ceux qui ne risquent pas de perdre leur emploi !!! Voilà une situation
paradoxale que les syndicats ne pointeront jamais du doigt. »
J’utilise
aussi les transports en commun et sais donc pour l’avoir vécu que c’est
très pénible. Cependant ne perdez pas de vue que comme l’explique
henocconeh (sans majuscule pour respecter le palindrome :p), la problème
tient à ce qu’une hiérarchie en partie corrompue laisse faire les
choses. Le cheminot qu’il bosse à bord des trains ou sur les voies ne
fait qu’obéir et n’a pas de pouvoir pour les faire changer, pire : c’est
lui qui est en première ligne pour prendre en pleine face la colère des
usagers en cas de retards d’un quart d’heure... aussi le droit de grève
me semble fondamental : c’est ce qui permet à ces employés (qui
sacrifient une partie de leur salaire, faut pas l’oublier quand même !) de 1)
montrer qu’eux non plus ne trouvent pas ça normal et 2) attirer
l’attention du public sur autre chose que le pauvre type qui fait de son
mieux sur le quai. La grève est d’abord un moyen de se désolidariser de
la hiérarchie quand celle-ci déconne et par ses mauvaises décisions, in
fine menace la pérennité de l’entreprise. Les gens déçus s’en prennent
au petit personnel, c’est la première étape pour faire bouger les
choses. Ensuite le personnel fait remonter à sa hiérarchie et utilise la
grève comme moyen de la faire plier et d’évoluer dans le bon sens. Il
faut aussi que le public prenne enfin conscience du fait que ces petits
employés n’y sont pour rien, et que ce sont les élus qui gèrent la SNCF
dans le cadre de débats parlementaires et d’enquêtes sénatoriales que
personne ou presque ne regarde. C’est aussi ça, l’appel des grévistes :
regardez ce qui se passe au-dessus et cessez de vous en prendre à nous !
C’est pas marrant pour eux de voir que faute d’effectifs, le service se
délie et qu’à cause de ça ils risquent de perdre leurs emplois.
« Tôt ou tard se fera sentir un vrai débat sur le commun, sur la remise en
question de l’individualisme, sur les valeurs communes, leur hiérarchie
et sur la place du tout-commercial. À suivre donc... »
C’est
tout à fait ça... mais dans un système libéral ou plutôt "néo-libéral"
où tous les coups sont permis, et où — comme disait Huxley notamment —
les gros ont tout loisir de manger les petits, il suffit d’un fruit
pourri pour gâter tout le panier. Au fond je n’en veux pas aux gens du
privé pour les pratiques de dumping etc. : suffit que l’un d’entre eux
fasse baisser ses tarifs de manière déloyale pour que tout ceux capables
d’en faire autant y soient aussi contraints, et accessoirement pour que
les plus "petits" (= ceux qui n’ont pas les moyens d’investir dans des
fabriques en Chine ou au Bangladesh) se retrouvent ruinés sur le
carreau. Toute idéologie mise à part, je crois sincèrement qu’un État
fort et sain a pour rôle et devoir de veiller à ce que la compétition (=
mise en concurrence) se fasse dans le respect d’un minimum de règles
pour éviter le marasme dans lequel on se trouve. Dans la mesure où il
renonce globalement à jouer ce rôle, je préfère qu’il garde une prise
directe sur les services importants en termes d’usage et de sécurité
plutôt que de laisser la SNCF (puis les hôpitaux... les routes... les
écoles...) aux mains d’opérateurs privés qui lui échapperont et qui,
livrés à une concurrence libre et surtout "sauvage", ne manqueront pas
tôt ou tard de prendre des risques. Il suffit qu’un opérateur fasse une
manœuvre à la Free (que l’État n’a pas recadré malgré les avertissement
d’Orange notamment) pour que les autres soient contraints d’aligner
leurs prix et donc de faire des sacrifices sur la qualité des lignes
(téléphoniques ou ferroviaires), du service client, du confort etc. —
suffit d’un fruit pourri et les autres suivront. Et s’ils ne le font pas,
le plus audacieux grossira et mangera les petits pour créer un nouveau
monopole qui cette fois sera privé donc exit à la fois la concurrence
auto-régulatrice et l’État qui ne pourra alors plus rien dire sous peine
d’être accusé d’entrave à la liberté d’entreprendre ou de ne pas aimer
les riches, etc. — on en revient toujours au même, en toute logique !
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