« Du coup, pour maintenir l’existence des ces travaux essentiels mais peu
valorisants, mais qui seraient mis en péril par la liberté acquise grâce
au revenu universel, cela vous contraint à imaginer... l’obligation.
Remarquez, on pourrait aussi employer des esclaves pour ce genre de tâche, ou encore des intouchables... »
Je
n’aime pas cette manière de feindre de ne pas comprendre... vous
détournez mes propos en me faisant passer pour un facho, c’est très
vexant. Je vous parlais de "prendre des tours" pour que justement, plus
personne ne soit contraint à faire partie d’une caste "intouchable" à la
française.
C’est vous-même qui émettiez cette objection que le
travail est nécessaire et que cette "obligation" d’accomplir certaines
tâches ferait obstacle à l’idée du revenu de base. Aussi vous
expliquais-je qu’il y a d’autres moyens que les castes pour faire en
sorte que ces tâches soient accomplies.
Prendre des tours nous
obligerait certes toujours à acquitter ces tâches puisqu’elles sont
nécessaires. Mais contrairement au système en place qui semble mieux
vous convenir, plus personne n’aurait à subir cette contrainte ni
l’humiliation qu’elle représente — chacun étant logé à la même enseigne —
jusqu’à la fin de ses jours.
Le RSA ne fonctionne pas parce
qu’il ne permet pas de vivre, tout simplement. Il ne permet donc pas non
plus de s’affranchir des contraintes que j’évoquais, ni ne favorise
l’initiative personnelle. Si j’ai pas assez de sous pour déjà me
nourrir, il y a peu de chances que j’en ai pour tenter de l’investir
dans un projet fut-il de nature artisanale.
Je note d’ailleurs
que vous en revenez sans cesse à l’artisanat comme si c’était le seul
type de travail (= manuel à visée matérielle) possible et respectable.
Le concept de base d’une société consiste à vivre ensemble dans le but
de partager les tâches pour plus de confort, c’est ce qui rend le
sacrifice d’une part de liberté individuelle tolérable. Nous n’avons
donc pas besoin d’un système où chacun serait artisan et produirait des
biens 100% matériels. Je trouve inquiétant et à la fois symptomatique du
monde moderne le fait que vous omettiez complètement, dans vos
arguments, les questions de culture qui elles aussi représentent un
travail utile. Culture et travail intellectuel, social, etc. plus
globalement.
Pour ce qui est du financement, je pense que vous
découvrez le revenu de base. Renseignez-vous sur le coût de l’actuel
système d’assurance chômage et du suivi qu’il implique, c’est colossal
et ça ne fait bien sûr qu’augmenter. Supprimer la composante "emploi" et
admettre que chacun a le droit de vivre, donc d’avoir un minimum de
ressources pour vivre, permettrait de supprimer tout ce dispositif
administratif lourd et extrêmement coûteux. Les économies réalisées dès
lors suffiraient à financer le plus gros du revenu de base et pour le
reste, il y a plein d’argent et de solutions à débattre. Si l’État n’a
pas les moyens, c’est aussi parce qu’il s’en laisse déposséder.
Pour
cette raison je vous rejoins sur l’idée que le libre échange est d’une
part un poison et d’autre part une imposture. Demandez à ceux que la
mondialisation a ruinés ce qu’ils pensent de la concurrence libre et non
faussée. L’État doit assumer son rôle de régulateur tout comme l’Europe
et plus globalement, les institutions supra-nationales. Le problème
c’est qu’en lieu et place du bien commun, elles opèrent un insoutenable
racket de tous les peuples. La conséquence est en effet l’interdiction
de travailler pour cause de chômage, lui-même lié au dumping, lui-même
lié à une certaine conception (faussée) du libéralisme que défendent les
oligarques dans leurs propres intérêts.
Cette interdiction est une
violation des droits de l’homme — comme je l’ai déjà dit — et le revenu
de base est une piste pour changer ça. C’est peut-être pas l’idéal,
j’en sais rien, j’essaie juste de vous donner les clés du concept. Je
n’attends pas de vous que vous soyez d’accord, vous êtes libre de vos
opinions mais de grâce, ne déformez pas mes propos.
Bien cordialement.