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Joe Chip (---.---.116.68) 9 octobre 2015 12:05
Joe Chip

La peine de mort n’a pas d’effet dissuasif, au niveau statistique c’est même plutôt le contraire, elle a tendance à exacerber la violence des criminels pour une raison simple que Sun Tzu avait déjà identifié dans l’art de la guerre :

« On jette [ses soldats] dans une situation sans issue, de sorte que, ne pouvant trouver le salut dans la fuite, il leur faut défendre chèrement leur vie. Des soldats qui n’ont d’autre alternative que la mort se battent avec la plus sauvage énergie. N’ayant plus rien à perdre, ils n’ont plus peur ; ils ne cèdent pas d’un pouce, puisqu’ils n’ont nulle part où aller. » 

Un criminel qui sait ou qui sent instinctivement que la mort se trouve au bout de son chemin criminel, que c’est la seule issue à sa dérive antisociale, sera toujours plus combatif et plus violent que celui auquel on laisse une possibilité de fuite ou de rédemption. 

L’analogie n’est pas spécieuse puisqu’un criminel est d’une certaine manière en guerre contre la société. La peine de mort tend donc à lever ses inhibitions profondes plutôt qu’à les faire disparaître. Cet argument est logique et incontournable, contrairement aux arguments moraux pour on contre la peine de mort, qui ont tous leur intérêt et leur justification interne.

Dans les sociétés qui sont régulées par le code de l’honneur, la violence - réelle, symbolique, ritualisée - est omniprésente, car la fuite au sens large du terme est un tabou socialement réprimé (dans tous les cas, la mort est plus désirable). Dans les sociétés modernes, ce code de l’honneur ne subsiste réellement qu’au sein de l’institution militaire sous une forme "aménagée". 

A partir du XIXème siècle, chaque classe sociale a développé sa propre version du code de l’honneur : le duel pour les aristocrates, l’enrichissement pour le bourgeois, le fait de se tuer à la tâche (littéralement) pour les ouvriers... 

Avec la première guerre mondiale, l’industrialisation de la guerre et de la mort, d’une part, et les progrès de la médecine, d’autre part, en permettant pour la première fois le retour de centaines de milliers d’éclopés dans les familles, ont développé le sentiment de l’absurde en réaction à la notion de sacrifice et poussé par conséquent un peu partout à la remise en question du code de l’honneur, devenu trop lourd à porter tant pour les individus (souffrances démentielles supportées par les soldats dans les tranchées, les mitrailleuses ne laissant plus guère d’expression à l ’héroïsme individuel) que pour les familles (explosion du nombre de divorces après la première guerre mondiale). En France les femmes apprenaient souvent la mort de leur mari par simple courrier officiel ; d’autres se retrouvaient avec un homme traumatisé physique et/ou psychique à charge, alors que les troubles post-traumatiques étaient peu étudiés et mal compris. Difficile, dans ces conditions, de maintenir intact le sens de l’honneur lié étroitement à la sacralité du collectif, et donc, dans le monde moderne post-révolutionnaire, à la sacralité de l’Etat-nation. Or, cet Etat-Nation était devenu monstre froid et rationnel, envoyant par pelletée les hommes au sacrifice...

En Europe, les conséquences sont claires au lendemain de la guerre : seuls les régimes ouvertement fascistes et militaristes ont pu compenser cette remise en question du code traditionnel de l’honneur par l’exacerbation de l’emprise de l’Etat sur l’individu et la fuite en avant dans l’autoritarisme. Partout ailleurs, elles s’imposent de la même façon au lendemain de la seconde guerre mondiale qui a fait entre 60 et 80 millions de morts, soit près de 3% de la population mondiale de l’époque. 

Evidemment les sociétés développées doivent faire face à présent aux conséquences ultimes de ce "choix", tant sur le plan individuel que sociétal : une diminution de la combativité individuelle en échange de relations pacifiées entre les hommes, un certain désinvestissement confinant à la lâcheté, et une exacerbation logique et symétrique de la violence de ceux qui continuent à adhérer mentalement à un schéma proche des sociétés traditionnelles et/ou religieuses dont ils sont généralement issus. Dans le monde islamique, comme le montre Daesh de façon caricaturale et brutale, ce sont les châtiments et la violence infligée au nom de la collectivité qui régulent encore les comportements individuels. 

D’où ce paradoxe des musulmans contemporains qui aspirent individuellement à échapper à la violence engendrée par les tabous structurant leur société - en émigrant par exemple - mais qui tendent en même temps à la reproduire par atavisme culturel et social dans les pays où ils viennent s’installer. Regardez un peu ce qu’il se produit avec les "réfugiés" en Allemagne.

D’où, aussi, à mon avis, l’importance de conserver certaines institutions "rigides" comme le service militaire et des rituels éducatifs qui permettent de trouver un équilibre entre le système traditionnel - générateur d’une violence insupportable et souvent délétère - et le système moderne qui tend à produire des individus "houellebecquiens" à la fois indolents et cyniquement conscients de leur impuissance.

C’est aussi la raison pour laquelle le bannissement de la communauté nationale représente sans doute la peine la plus dissuasive et la plus déshonorante, car on ne peut pas revenir de la mort, alors que l’on peut revenir du bagne, ce qui est bien plus terrible... 




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