Encore un grand moment de journalisme de la part de l’organisateur des débats qui aide Wauters à couvrir une ignorance autant abyssale que scandaleuse quand on a occupé une place pareil en politique.
La vidéo n’est pas supposée traduire les propos de Mitt Romney mais de se moquer de lui en le mettant en scène dans une vidéo où il parle français (le parti démocrate joue ici la carte de la francophobie) assortie de citations qui,elles, sont bien de lui. C’est une parodie en fait et ouvertement présentée comme telle.
Indexer les salaires sur l’inflation ne suffit pas car la hausse des prix déprécie les pensions des retraités et l’épargne. Les économies que vous avez accumulées fondent. Cela concerne les "rentiers" mais marginalement en fait : les gros spéculateurs s’en sortiront sans problème. Ils incorporeront l’inflation aux taux d’intérêt exigés et se referont très vite, mais le petit épargnant qui a mis de côté pour avoir un apport pour sa maison ou, tout simplement, pour se protéger contre un éventuel coup-dur, lui, sera frappé de plein fouet. Les commentateurs de cette vidéo ont raison de dire qu’une monnaie stable est une monnaie pour le peuple. Quand les prix changent, le pouvoir d’achat de toutes les formes de revenu change et là tout le monde va essayer de pousser son revenu vers le haut pour protéger son pouvoir d’achat. Dès lors le problème est simple à comprendre : ceux qui y parviendront seront ceux qui ont le plus gros pouvoir de négociation (grandes fortunes plus que petits revenus, grosses firmes plus que leur petits sous-traitants, chefs d’entreprises plus que les salariés etc.). L’inflation accroît les inégalités.
Quant à qualifier l’économie actuelle de néo-libérale, je serais plus que nuancé. Des centaines pour ne pas dire des milliers de lois ont été votées pour en arriver là. La forme actuelle du capitalisme n’a rien à voir avec une espèce d’évolution naturelle du marché qui nous montrerait les limites d’un libéralisme sans contrôle. Bien au contraire, ce que nous avons est le résultat de politiques délibérées de la part de nos gouvernements. Aujourd’hui, pratiquement un euro sur deux de richesse produite est filtré par l’Etat pour être soit redistribué soit intégré à son budget. On est loin, très loin de la pseudo société ultra-libérale que certains croient voir. Jamais l’Etat n’a été aussi puissant qu’à l’heure actuelle. On est juste en train de voir le résultat de cette puissance. L’Etat n’est pas une entité macroéconomique bienveillante : il est constitué d’hommes et donner trop de pouvoir à trop peu d’hommes conduit à ce que nous voyons aujourd’hui. Une politique de copinage où l’Etat travaille pour enrichir 1% de la population, le 1% qui compte et renvoie l’ascenseur non pas à l’Etat en tant qu’institution mais aux politiciens à titre personnel qui servent ces 1%. Les déficits budgétaires qui devraient, dans une logique keynésienne, aider à accompagner des politiques de sortie de crise sont en réalité un moyen, non pas de résoudre les problèmes, mais justement d’éviter de le faire. Des chômeurs ? Donnons leur des subventions. Des faillites bancaires ? Sauvons les banques. Mais quelle politique structurelle pour avoir une économie plus dynamique créant davantage d’emplois ? Quelle politique pour éviter les dysfonctionnements de la finance moderne ? A coups de déficits, nous maintenons sous perfusion un système moribond et le jour où nous serons vraiment face au mur et qu’il faudra restructurer en profondeur, nous n’aurons même plus la possibilité de recourir à la dette car on aura tiré sur la corde jusqu’au bout. En théorie, un Etat régulateur pourrait être la solution, mais en pratique, en lui conférant trop de pouvoir on a créé un monstre et c’est ce monstre qui est à l’origine de la situation actuelle et qui travaille en ce moment même pour perpétuer et accentuer encore ce capitalisme dénoncé comme ultra-libéral mais qui est en réalité d’origine "ultra-étatique".