Audiard se disait ’anar de droite’, alors comment le décrire ?
L’ anar de droite ne remet pas en cause les lois du monde, elles sont ainsi, il les accepte mais il se joue des codes après les avoir adoptés. C’ est valable pour tous les milieux. Et quand Audiard nous en parle par l’ intermédiaire de marginaux, de gangsters, ces gens, même si leur activité est en marge, cherchent comme tout le monde à s’ enrichir vite et à faire partie du beau monde.
L’ anar de droite chez Audiard, c’ est comme des Anglais excentriques qui se seraient échoués chez nous, c’ est l’ amour des codes et de leur savoureuse destruction, avant de les retrouver, parce qu’ il ne faudrait pas déconner non plus. C’est les Tontons flingueurs qui se retrouvent agenouillés à la messe, après s’ être dessoudés entre eux.
C’ est cadre-destruction-encore le cadre-destruction-re le cadre. Car on ne se marre pas avec rien.
Que voulez-vous, Audiard est un ’petit cycliste’ du 14 ème, qui a commencé en vendant des journaux, quasiment abandonné par sa mère, il a eu plusieurs foyers en même temps toute sa vie et sans s’ occuper vraiment de ses enfants. Alors quand on n’ est pas tellement capable de faire une famille et de vivre maritalement, comment tout envoyer promener quand on est soi-même sans tellement de repères ? Il faut bien se cramponner à quelque chose. Ce n’ est pas l’ absence de règle, c’ est l’ impossibilité personnelle de les suivre.
Incapable d’ inventer une histoire (comme Céline, pas assez d’ imagination), mais capable de faire parler les autres pendant des heures et sans qu’ on se lasse. C’ est déjà beaucoup. Merci à lui.
Par contre, le fils Audiard, lui, c’ est bien un gauchiste et il est bien atteint, après le Prophète et ses histoires de taulards, son dernier film porte sur l’ immigré tamoul.
On chiale sur l’ immigré on veut abattre toutes les frontières, toutes les structures traditionnelles, mais attention pas touche aux droits d’ auteurs, et à l’ exception cinématographique française. Faudrait pas déconner.
A droite il y a tous les écrivains un peu branque, un peu foldingos, mais ce sont les plus marrants, Marcel Aimé par exemple et sa Jument Verte, il y a un style au moins chez Proust ou Céline, pas toujours classé à droite, lui, dans sa vie.
A gauche, on se prend au sérieux, il s’ agit de changer l’ Homme et de fabriquer l’ Homme Nouveau. On ne rigole plus. On lit Sartre, et on a la nausée et les mains sales, comme disait Desproges.